Nord-Kivu: « Une vie perdue est irréparable », le cri d’alarme de Rose Tuombeane face aux massacres et à la « normalisation de l’horreur » (CongoForum)

BENI – ​Lors d’un point de presse empreint d’une extrême gravité ce vendredi 5 juin 2026, une figure de la société civile et de la politique congolaise a dressé un réquisitoire implacable contre l’impuissance publique dans l’Est de la RDC. Entre la persistance des massacres à Beni, l’expansion de l’AFC/M23 et les discours de stigmatisation, l’orateur a rappelé l’État à ses obligations avant d’annoncer, à la surprise générale, son retrait du parti AFDC.

​​Alors que la scène politique kinoise est accaparée par des débats institutionnels, la réalité du terrain dans la province du Nord-Kivu rappelle cruellement l’urgence sécuritaire. Les derniers jours ont été particulièrement sanglants dans le territoire et la ville de Beni.

​Le 31 mai 2026, une attaque meurtrière attribuée aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) a frappé le quartier Ngadi, une zone pourtant urbaine de Beni. Quelques jours plus tard, le 3 juin 2026, de nouvelles tueries ont ensanglanté plusieurs localités du secteur de Mbau.

​Au-delà du décompte macabre, le point de presse a mis en lumière l’envers invisible de cette guerre: viols systématiques, naissances issues de violences sexuelles, enlèvements de civils transformés en porteurs forcés et disparitions de longue durée.

Refus du narratif de la banalisation: « Les gens ne s’entretuent pas là-bas »

​L’oratrice s’est vigoureusement insurgé contre les discours politiques ou médiatiques qui tendent à résumer le conflit à des querelles intercommunautaires ou à des violences de voisinage. ​« Dire que « les gens s’entretuent là-bas » est une expression non seulement simpliste, mais profondément injuste pour les victimes. Elle efface les responsabilités des ADF, masque les logiques d’occupation territoriale et inflige une double blessure aux populations », a-t-elle martelé.

​Tout en reconnaissant l’existence de complices locaux qualifiés de « mikumbira » (ceux qui trahissent leur communauté) dans la conscience collective, il a refusé que la responsabilité soit collectivement rejetée sur les communautés.

Rose Kahambu Tuombeane exige des services de l’État l’identification et la condamnation des coupables plutôt que des discours de généralisation.

​De plus, l’argument des « attaques de représailles » parfois brandi par les services de sécurité a été fermement rejeté : « Ce que les populations attendent est simple : que rien ne leur arrive. La prévention doit être aussi importante que les opérations offensives. »

Souveraineté menacée

​Le point de presse a également abordé le front sud du Nord-Kivu, marqué par la dynamique d’occupation de la coalition AFC/M23. Un fait saillant a été dénoncé comme un affront direct à l’autorité de l’État: la nomination, le 29 mai 2026, de nouvelles autorités administratives à l’Université de Goma (UNIGOM) par les responsables rebelles.

​Face à ce défi de souveraineté, un hommage a été rendu à la résistance des communautés locales et à l’engagement des Wazalendo aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC). Toutefois, un appel urgent a été lancé au gouvernement pour mieux encadrer, structurer et fédérer ces efforts de défense populaire afin d’éviter toute dérive, infiltration ou fragmentation.

La vie humaine avant la révision constitutionnelle

​Dans un contexte national où le débat sur une éventuelle modification de la Loi fondamentale prend de l’ampleur, l’orateur a recentré les priorités avec force:

  • L’urgence humaine: les débats constitutionnels sont légitimes, mais secondaires face aux morts hebdomadaires à Beni, Lubero, Rutshuru, Masisi ou Walikale.
  • La formule choc: « Une Constitution peut être révisée demain. Mais une vie perdue aujourd’hui est irréparable. »

Le coup de théâtre: rupture politique avec l’AFDC

​C’est en fin de focus, de manière concise mais hautement politique, que l’orateur a lâché une bombe sur l’échiquier politique, sa décision de quitter l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC). ​Refusant d’ouvrir un débat immédiat sur ce choix qu’il qualifie de personnel et mûri, elle a justifié ce retrait par un besoin viscéral d’indépendance pour mener son combat premier: la défense des droits des populations civiles.

​En guise de conclusion, elle a laissé l’auditoire sur une formule forte, résonnant comme une promesse de continuer le combat hors des partis traditionnels: « On peut retirer un micro à un pasteur, mais on ne peut pas empêcher la parole de se répandre dans la rue. Une voix authentique ne meurt pas avec un siège, elle change seulement de place. »

© CongoForum – Roger Mulyata, 05.06.26

Images – source: CongoForum

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