Nord-Kivu: trois ans après le drame du 30 août 2023, le CIDHC réclame justice pour les victimes (CongoForum)

GOMA— Trois ans après les événements meurtriers du 30 août 2023 à Goma, la question de la justice pour les victimes reste entière. Dans un rapport de monitoring rendu public le 11 août 2026, le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) appelle à l’ouverture d’une enquête indépendante sur les opérations menées par les forces de sécurité et réclame que toute la chaîne de commandement soit examinée.

Le rapport remet au centre du débat les événements survenus lors de la répression d’une manifestation organisée par les adeptes de la Foi Naturelle Judaïque Messianique Vers les Nations (FNJMN), communément appelés Wazalendo.

Ces derniers entendaient notamment protester contre la présence de la MONUSCO, de la Force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est et contre ce qu’ils dénonçaient comme une ingérence étrangère en République démocratique du Congo.

La manifestation avait été interdite par les autorités urbaines. Pour le CIDHC, cette interdiction ne pouvait toutefois justifier une intervention des forces de sécurité ayant entraîné un nombre aussi élevé de victimes.

Le CIDHC demande une enquête indépendante

Selon le rapport, plusieurs unités des forces de sécurité, notamment la Police nationale congolaise (PNC), les Forces armées de la RDC (FARDC) et la Garde républicaine, sont intervenues dans différents quartiers de Goma où se trouvaient des membres de la communauté religieuse.

Le Consortium affirme avoir recueilli des témoignages selon lesquels plusieurs personnes visées par les opérations n’étaient pas armées au moment des faits.

Face à la gravité de ces accusations, le CIDHC estime qu’une enquête indépendante, impartiale et crédible doit permettre d’établir avec précision les circonstances de chaque décès, les conditions dans lesquelles les opérations ont été conduites et les éventuelles responsabilités individuelles.

L’organisation insiste particulièrement sur la nécessité d’examiner l’ensemble de la chaîne de commandement, estimant qu’une justice véritable ne devrait pas se limiter aux exécutants présumés.

Des responsables cités, sans préjuger de leur culpabilité

Dans son rapport, le CIDHC cite plusieurs responsables politiques et militaires dont les rôles devraient, selon lui, être examinés par une juridiction compétente.

Sont notamment mentionnés le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, l’ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu Constant Ndima Kongba, ainsi que le major Peter Kabwe Ngandu et le colonel Mike Mikombe Kalamba.

Le Consortium prend toutefois soin de préciser que la citation de ces personnalités dans son rapport ne constitue pas une condamnation.

Pour le CIDHC, seule une procédure judiciaire fondée sur des preuves permettrait d’établir une éventuelle responsabilité pénale individuelle. L’organisation estime néanmoins qu’aucune fonction politique ou militaire ne devrait empêcher l’ouverture d’investigations lorsqu’il existe des éléments suffisamment sérieux.

Plus d’une centaine de morts selon le CIDHC

Le bilan présenté par le Consortium fait état de 103 morts, 54 blessés et 158 personnes arrêtées lors des événements du 30 août 2023. Le rapport évoque également plusieurs personnes qui seraient toujours portées disparues.

Le CIDHC fait par ailleurs référence à un document confidentiel attribué aux Nations unies, qui ferait état de 102 morts, parmi lesquels 90 hommes, huit femmes et quatre enfants. Parmi les victimes figure notamment la journaliste Tabita Fabiola, âgée de 44 ans.

Le rapport fait également état de témoignages selon lesquels certaines personnes auraient été ligotées avant d’être conduites à l’extérieur et prises pour cible par des tirs à balles réelles. Le CIDHC souligne que ces allégations doivent être vérifiées et établies dans le cadre d’une procédure judiciaire indépendante.

Un possible « crime d’État » évoqué

Compte tenu de l’ampleur du bilan humain, de l’implication alléguée de plusieurs structures de sécurité et des questions soulevées autour de la chaîne de commandement, le CIDHC estime que les événements pourraient relever d’un « crime d’État ».

L’organisation précise toutefois que cette qualification ne peut être définitivement établie que par une juridiction compétente après examen des faits et des preuves.

Elle demande en conséquence aux autorités congolaises de garantir une enquête indépendante et de poursuivre, conformément à la loi, toute personne dont la responsabilité dans de graves violations des droits humains serait démontrée.

Vérité, justice et reparation

Trois ans après les faits, le CIDHC considère que le dossier ne doit pas être refermé sans que les familles des victimes aient obtenu des réponses. L’organisation réclame notamment l’identification complète des personnes tuées, blessées ou portées disparues, ainsi que l’indemnisation des victimes et de leurs proches.

Elle appelle également à la conservation des preuves, des archives et de tous les éléments susceptibles de contribuer à l’établissement de la vérité. Le Consortium souhaite, en outre, que les organisations de défense des droits humains puissent poursuivre leur travail sans intimidation.

Pour le CIDHC, le temps écoulé ne doit pas devenir un obstacle à la justice.

« Ne pas oublier le 30 août »

En publiant son rapport trois ans après les événements, le Consortium entend maintenir la pression sur les autorités afin que le dossier du 30 août 2023 à Goma ne sombre pas dans l’oubli.

Au-delà de la détermination des responsabilités, l’organisation estime que l’enjeu est également de garantir aux victimes et à leurs familles la vérité, la justice et la réparation.

Trois ans après cette journée tragique, les interrogations demeurent donc nombreuses. Pour le CIDHC, seule une enquête indépendante permettant d’établir les faits, d’identifier les responsabilités et de rendre justice aux victimes pourra contribuer à tourner cette page douloureuse de l’histoire récente de Goma.

Le Consortium insiste enfin sur un impératif : les événements du 30 août 2023 ne doivent être ni banalisés ni oubliés, et de telles violences ne doivent plus jamais se reproduire.

© CongoForum – rédaction, 14.08.26

Image – source: presse congolaise

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