Nord-Kivu: selon MSF, des restrictions administratives imposées par les autorités du FRN compliquent la prise en charge des survivantes de violences sexuelles (CongoForum)

GOMA –L’organisation humanitaire internationale Médecins Sans Frontières (MSF) dénonce des restrictions administratives imposées depuis plusieurs mois aux structures sanitaires et aux organisations humanitaires qui prennent en charge les victimes et survivantes de violences sexuelles au Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Dans un communiqué publié ce lundi 2 novembre 2026 à Goma, l’organisation alerte sur les conséquences de ces mesures, qui compliquent l’accès aux soins et portent atteinte à la confidentialité des patientes.

Selon MSF, les autorités de facto de la province, dirigées par le Front pour la refondation de la nation (FRN), anciennement AFC/M23, ont notamment instauré des conditions supplémentaires pour la reconnaissance des cas de violences sexuelles. Ces mesures limitent cette reconnaissance aux personnes présentant des blessures visibles et imposent des examens physiques jugés intrusifs et médicalement inutiles par l’organisation.

Les nouvelles dispositions exigent également que les victimes et survivantes se présentent à la police avant de solliciter des soins. L’accès aux services médicaux serait par ailleurs limité aux personnes qui se présentent dans les 72 heures suivant l’agression.

Médecins sans frontières dénonce aussi l’utilisation de formulaires administratifs comportant des questions intrusives et non essentielles à la prise en charge médicale. Ces documents exigeraient notamment les noms et adresses des survivantes ainsi que des informations sur les auteurs présumés des agressions, exposant ainsi les patientes à des risques supplémentaires et compromettant le secret médical.

L’organisation rapporte également que des patientes, particulièrement des femmes, ont été interrogées ou menacées afin de les dissuader de se faire soigner dans les structures soutenues par des organisations humanitaires. Des professionnels de santé auraient, de leur côté, subi des menaces de suspension, voire d’emprisonnement, en cas de non-respect de ces mesures.

Ces restrictions ont déjà des conséquences sur le recours aux services de prise en charge, selon MSF. L’organisation fait état d’une baisse de 41 % du nombre de personnes ayant sollicité ces soins, en août 2026 par rapport à janvier de la même année, dans certaines structures sanitaires qu’elle soutient au Nord-Kivu. Dans d’autres établissements, le nombre de personnes prises en charge serait passé d’environ 80 par mois en 2025 à seulement neuf par mois en 2026.

MSF affirme également que des dizaines d’enregistrements de consultations liées aux violences sexuelles ont été effacés dans plusieurs centres de santé soutenus par l’organisation. Certaines structures auraient cessé d’enregistrer ces cas ou n’en auraient signalé qu’un très faible nombre pendant plusieurs mois.

Malgré les engagements pris en octobre 2026 par la direction du FRN pour remédier à cette situation, les mesures restrictives restent en vigueur, selon MSF.

L’organisation appelle les autorités de facto à mettre en œuvre les accords conclus et à garantir une prise en charge accessible, confidentielle et centrée sur les besoins médicaux des victimes et survivantes.

MSF rappelle enfin que l’accès aux soins ne devrait jamais être conditionné à un signalement préalable auprès des autorités ou à l’engagement d’une procédure judiciaire. Au premier semestre 2026, ses équipes avaient pris en charge plus de 19 400 personnes victimes de violences sexuelles dans le Nord-Kivu.

© CongoForum – rédaction, 03.11.26

Images – source: presse congolaise

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