
BENI/BUTEMBO – En République démocratique du Congo, l’initiative du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, sous la direction de Muhindo Nzangi, visant à promouvoir la culture du cannabis médical, fait face à une levée de boucliers au Nord-Kivu. Acteurs civiques, notables locaux et élus nationaux multiplient les interventions pour demander l’arrêt immédiat des campagnes de promotion et la suspension du projet.
Au cœur des préoccupations figure l’impact sécuritaire de cette mesure dans une région secouée par l’activisme de plus de 100 à 250 groupes armés, dont les terroristes ADF.
Dans une correspondance datée du 19 août 2026 adressée au Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, le député national Carly Nzanzu Kasivita a demandé la suspension préventive de la campagne d’information menée par le ministère. L’élu du territoire de Beni alerte sur les risques d’infiltration des circuits de production par les milices, qui pourraient transformer ces cultures en sources de taxation illégale et de financement du marché noir.
Cette position est partagée par l’ONG « Jeunes Ambassadeurs de la Paix et du Développement de la RDC » (JAPD-RDC). Dans une déclaration signée à Beni le 21 août 2026, l’organisation dénonce une décision déconnectée de la réalité du terrain et met en garde contre la transformation de l’Est du pays en un circuit d’approvisionnement pour les groupes armés.
Lutte contre la malnutrition et l’inflation
Au-delà du volet sécuritaire, la pertinence socio-économique du projet est vivement interrogée.
La JAPD-RDC et des figures locales comme Maître Achille Kapanga rappellent que l’urgence réside dans la lutte contre la malnutrition et l’inflation. Les acteurs locaux demandent d’orienter les efforts vers les cultures vivrières traditionnelles (maïs, manioc, riz) et l’installation d’usines de transformation.
Dans un contexte de vulnérabilité accrue, les opposants au projet redoutent que la banalisation de cette culture n’accentue la délinquance et la dépendance chez les jeunes.
Cadre légal de l’exploitation des stupéfiants

Sur le plan juridique, si l’ordonnance-loi du 22 janvier 1903 interdit la culture, la vente et l’usage du chanvre à fumer en RDC, un arrêté du ministère de la Santé publique pris en 2022 encadre de manière stricte l’exploitation de substances psychotropes à des fins exclusives de recherche scientifique et médicale. Les détracteurs du projet actuel soulignent toutefois le manque de capacités de contrôle de l’État dans les zones de conflit, rendant presque impossible le suivi rigoureux d’une telle filière sur le terrain.
© CongoForum – Roger Mulyata, 21.08.26
Images – source: presse congolaise