L’impunité en marche: condamné pour le carnage de Goma, le général Constant Ndima nommé juge à la Haute Cour militaire (CongoForum)

KINSHASA – C’est une véritable douche froide pour les familles des victimes du massacre de Ndosho et pour les défenseurs des droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Alors que la ville de Goma s’apprête à commémorer le troisième anniversaire de la sanglante répression d’août 2023, le lieutenant-général Constant Ndima Kongba vient d’être nommé juge assesseur à la Haute Cour militaire.

L’ancien gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu, qui avait pourtant été reconnu coupable de meurtre et condamné à la peine de mort par la Cour militaire de Goma pour son rôle de commanditaire dans le massacre des fidèles de l’église messianique « Wazalendo », s’apprête désormais à dire le droit. Il a officiellement prêté serment pour siéger dans le mégaprocès historique qui met en cause le général Christian Tshiwewe et le général fugitif John Numbi.

Un camouflet pour la mémoire des victimes

Pour la population de Goma, le souvenir de la nuit du 30 au 31 août 2023 reste une blessure ouverte. Ce soir-là, les éléments de la Garde républicaine avaient ouvert le feu sur des civils désarmés qui s’apprêtaient à manifester contre la MONUSCO et la force régionale de l’EAC. Bilan officiel : au moins 57 morts et des dizaines de blessés, bien que la société civile évoque un bilan bien plus lourd.

Voir aujourd’hui l’un des principaux responsables de cette tragédie être promu au sein de la plus haute juridiction militaire du pays est perçu à Goma comme une insulte inacceptable à la mémoire des disparus.

Le triomphe de la justice spectacle?

Cette nomination soulves de graves interrogations sur l’indépendance et la crédibilité de l’appareil judiciaire congolais. Comment un officier supérieur, formellement condamné pour crime de sang contre sa propre population, peut-il décemment juger ses pairs ?

Au sein de l’opinion publique et des organisations de la société civile, l’incompréhension totale laisse place à la colère. Nombreux sont ceux qui y voient le signe d’une justice à double vitesse, où les hauts gradés de l’armée bénéficient d’une immunité de fait et d’un système de recyclage politique et militaire, au détriment des droits des victimes.

Alors que Kinshasa prétend vouloir restaurer l’autorité de l’État et l’état de droit, cette décision envoie un signal catastrophique: en RDC, le bourreau d’hier peut, sans transition, redevenir le juge d’aujourd’hui.

© CongoForum – rédaction, 26.06.26

Image – source: presse congolaise

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