
NEW YORK – La République Démocratique du Congo est à nouveau sous les projecteurs des Nations Unies. Cette fois, c’est pour un fléau silencieux mais dévastateur: la traite des êtres humains, devenue monnaie courante dans plusieurs régions du pays, notamment celles ravagées par les conflits armés.
À l’issue de sa mission en RDC, Siobhán Mullally, Rapporteuse spéciale des Nations Unies, a livré un constat glaçant: des enfants arrachés à leur enfance, des femmes vendues ou violées, et des communautés entières brisées par une violence qui s’institutionnalise. « La traite est désormais utilisée comme une arme de guerre, une stratégie délibérée pour semer la terreur, déplacer les populations et briser le tissu social », a-t-elle déclaré, visiblement bouleversée.
Le chaos alimente l’exploitation
Dans les zones riches en minerais, comme au Nord-Kivu, la confusion générée par les affrontements entre groupes armés et les forces régulières crée un terreau fertile pour la criminalité organisée. L’exploitation illégale des ressources naturelles alimente les conflits, tout en piégeant des milliers de personnes, en particulier des enfants, dans des réseaux d’exploitation.
Les témoignages recueillis sur place sont poignants: des garçons forcés de porter les armes, des filles mariées de force ou violées, des enfants réduits en esclavage dans des mines artisanales. Le tout, dans un contexte marqué par la corruption, l’impunité et l’effondrement des services sociaux.
Une impunité qui protège les bourreaux
L’un des constats les plus alarmants dressés par Mme Mullally concerne l’absence de justice : « Les auteurs de ces crimes continuent à opérer en toute liberté, souvent avec la complicité tacite de certains acteurs étatiques ou économiques », dénonce-t-elle. Elle pointe également du doigt le rôle de certaines entreprises étrangères qui profiteraient directement de ce système mafieux.
Le retrait progressif de la MONUSCO et la baisse des financements humanitaires ne font qu’aggraver la situation. « C’est maintenant qu’il faut renforcer les mécanismes de protection et d’alerte, pas les réduire », insiste l’experte onusienne.
Des enfants oubliés
Dans les mines, les forêts ou les camps de déplacés, la jeunesse congolaise paie le plus lourd tribut. Qu’ils soient recrutés de force, utilisés comme esclaves domestiques ou exploités sexuellement, ces enfants vivent un cauchemar quotidien dans l’indifférence quasi générale.
La situation est encore plus dramatique pour les enfants autochtones, les filles, ou ceux vivant avec un handicap, souvent exclus des programmes d’aide ou ignorés par les autorités.
Un appel à la conscience collective
Pour Siobhán Mullally, il est temps que la communauté internationale passe des mots aux actes. Elle appelle à une réponse globale, coordonnée, et surtout centrée sur la justice et la fin de l’impunité. « On ne peut pas parler de paix durable sans réparation, sans reconnaissance des souffrances, sans que les coupables répondent de leurs actes », a-t-elle martelé.
Ironie douloureus : l’experte a été empêchée d’accéder au Nord-Kivu par les autorités de facto du groupe armé M23, ce qui a limité l’ampleur de sa mission. Elle exhorte tous les acteurs, étatiques comme non étatiques, à coopérer pleinement avec les mécanismes des Nations Unies.
Un rapport détaillé de sa mission sera présenté en juin 2026 devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Ce document, espère-t-elle, pourrait marquer un tournant décisif dans la lutte contre la traite des êtres humains en République Démocratique du Congo.
© CongoForum – Gad Chrispin, 27.07.25
Image – source: ONU