
KINSHASA – À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, célébré ce 30 juin, le cardinal Fridolin Ambongo a livré un message particulièrement fort sur la situation du pays. Devant les fidèles réunis à Kinshasa, l’archevêque métropolitain a réaffirmé la position de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) contre toute initiative visant à modifier la Constitution.
« Nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité de changer la Constitution. La priorité de la RDC aujourd’hui est la paix et le bien-être social du peuple», a déclaré le prélat, estimant que les défis auxquels le pays est confronté exigent des réponses plus urgentes que le débat sur une réforme constitutionnelle.
Sans citer directement le président Félix Tshisekedi, le cardinal Ambongo a laissé entendre que la perspective d’une modification de la Constitution, souvent évoquée dans le débat public en lien avec un éventuel troisième mandat, ne constitue pas une solution aux difficultés que traverse la population. « Pensons-nous vraiment que la modification de la Constitution visant à un troisième mandat soit la réponse la plus adéquate aux drames de la population congolaise ?», s’est-il interrogé.
Dans son homélie, le cardinal a dressé un tableau préoccupant de la situation nationale, reprenant l’analyse de la CENCO selon laquelle « la nation est en péril». Il a évoqué la prolifération de plus de 160 groupes armés, l’occupation d’une partie du territoire national par des forces étrangères, la pauvreté persistante, ainsi que la recrudescence de l’épidémie d’Ebola.
« On dirait que tous les malheurs du monde se sont donné rendez-vous en RDC», a-t-il déclaré, avant d’affirmer que, soixante-six ans après l’indépendance, « nous avons collectivement échoué».
Le cardinal Ambongo a également lancé un appel à l’unité nationale et à une transformation profonde des mentalités. Selon lui, le pays doit « passer de la violence au dialogue, du tribalisme à la véritable fraternité». Il a insisté sur la nécessité d’une conversion des cœurs, estimant que « le malheur de notre pays réside dans le cœur du peuple congolais : nous avons un mauvais cœur».
S’adressant directement à la classe politique, le prélat a exhorté les dirigeants à placer l’intérêt général au-dessus des ambitions personnelles. « Le changement de la Constitution n’est ni urgent ni nécessaire pour notre pays. Je m’adresse aux responsables politiques : ne pensez pas uniquement à vos intérêts personnels ou à vos poches. Regardez plutôt la souffrance de la population. Très chers frères et sœurs, nous souffrons dans ce pays», a-t-il conclu.
Cette prise de position du cardinal Fridolin Ambongo intervient dans un contexte où le débat sur une éventuelle révision de la Constitution continue d’alimenter les discussions politiques en République démocratique du Congo. Elle réaffirme la position constante de la CENCO, qui estime que les priorités nationales demeurent le rétablissement de la paix, le renforcement de l’unité nationale et l’amélioration des conditions de vie de la population.
© CongoForum – rédaction, 30.06.26
Image – source: presse congolaise