Kinshasa: les propos de Fils Mukoko, un militant de l’UDPS, sur la distribution d’armes provoquent une onde de choc à Kinshasa (CongoForum)

KINSHASA – Des déclarations attribuées à Fils Mukoko, présenté comme directeur général adjoint à la Régie d’assainissement de Kinshasa et proche du parti présidentiel, suscitent une vive controverse en République démocratique du Congo.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, l’intéressé évoque la distribution d’armes à la population et tient des propos menaçants à l’égard des ressortissants occidentaux présents dans la capitale. Le gouvernement condamne ces déclarations, l’UDPS/Tshisekedi s’en désolidarise et le ministre de la Justice annonce l’ouverture d’une enquête judiciaire.

La polémique est partie d’une séquence vidéo dans laquelle Fils Mukoko évoque la possibilité de distribuer des armes dans plusieurs lieux publics, notamment les terrains de football, les églises et les universités. « Nous allons distribuer des armes, même sur les terrains de football. Nous allons distribuer des armes, même dans les églises. Nous allons distribuer des armes, même dans les universités », déclare-t-il dans cette vidéo.

L’intéressé tient également des propos visant les ressortissants occidentaux présents à Kinshasa, affirmant qu’ils « auront du mal à sortir de Kinshasa ». Il appelle, par ailleurs, à une mobilisation devant l’ambassade de Belgique dans la capitale congolaise, sous la forme d’un « méga sit-in ».

La diffusion de ces déclarations a provoqué des réactions au sein de la classe politique congolaise, dans un contexte où les questions de sécurité et de protection des personnes demeurent particulièrement sensibles.

Les circonstances exactes dans lesquelles ces propos ont été tenus, de même que leur portée réelle, restent à établir.

Patrick Muyaya condamne des propos « d’une horreur absolue »

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a rapidement réagi en condamnant fermement les déclarations attribuées à Fils Mukoko. « Nous condamnons de manière la plus ferme les propos tenus par Fils Mukoko. Ils sont d’une horreur absolue et n’engagent nullement le Gouvernement ni aucune autre institution », a-t-il déclaré.

Le porte-parole du gouvernement a également indiqué que les services compétents avaient été saisis afin de déterminer les suites à réserver à cette affaire. Il a notamment évoqué le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), l’hôtel de ville de Kinshasa ainsi que d’autres services concernés.

Cette réaction vise à dissocier les institutions publiques de déclarations susceptibles, si elles se traduisaient en actes, de mettre en danger la sécurité des personnes et d’alimenter les tensions autour des représentations diplomatiques étrangères.

L’UDPS/Tshisekedi prend ses distances

La controverse a également contraint l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS/Tshisekedi), parti au pouvoir, à clarifier sa position.

Dans un communiqué daté du 21 octobre 2026 et signé par son président intérimaire, Augustin Kabuya Tshilumba, la formation présidentielle condamne toute initiative visant à distribuer des armes à la population en dehors du cadre légal. « L’UDPS/Tshisekedi désapprouve et condamne sans équivoque toute initiative visant à distribuer des armes à la population en dehors du cadre légal et des institutions constitutionnellement habilitées à assurer la défense et la sécurité nationales », précise le document.

Le parti affirme également que les initiatives évoquées par Fils Mukoko n’ont fait l’objet d’aucune décision ou instruction de ses organes compétents. Il indique que l’intéressé n’occupe aucune fonction au sein de la formation politique et qu’il n’a reçu aucun mandat pour l’engager dans une telle démarche.

L’UDPS rappelle par ailleurs son attachement à la non-violence, qu’elle présente comme l’un des fondements historiques de son combat politique depuis sa création, le 15 février 1982, sous l’impulsion d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba et d’autres fondateurs.

Tout en réaffirmant son attachement à la liberté d’expression et au droit de manifestation pacifique, le parti souligne que ces libertés doivent s’exercer dans le respect des lois, de la sécurité des personnes et des biens, ainsi que des obligations internationales de la RDC en matière de protection des missions diplomatiques.

Il appelle enfin ses cadres, militants et sympathisants à la retenue et à la responsabilité.

Le ministre de la Justice annonce une enquête judiciaire

Au-delà des réactions politiques, l’affaire prend désormais une dimension judiciaire.

Dans un communiqué du ministère de la Justice, le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, annonce avoir instruit le procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir une enquête afin d’établir les faits liés à la diffusion de cette vidéo.

L’enquête devra notamment permettre de déterminer les circonstances dans lesquelles les déclarations ont été faites, leur portée et les éventuelles responsabilités qui pourraient en découler.

Pour le ministre de la Justice, la liberté d’expression, garantie par la Constitution, ne saurait justifier des menaces ou des actes susceptibles de mettre en péril la vie d’autrui.

Il rappelle ainsi que, dans un État de droit, toute allégation de cette nature doit être vérifiée par les autorités judiciaires compétentes, dans le respect de la loi et des droits de toutes les personnes concernées.

L’annonce de cette enquête ne constitue toutefois ni une déclaration de culpabilité ni une conclusion judiciaire. Il revient à la justice d’établir les faits et de déterminer les suites légales éventuelles.

Une affaire aux implications politiques et sécuritaires

Cette controverse intervient dans un contexte où les discours politiques peuvent rapidement alimenter les tensions, notamment lorsqu’ils concernent la circulation des armes, la sécurité des ressortissants étrangers et les relations avec les représentations diplomatiques.

La réaction rapide du gouvernement et la prise de distance de l’UDPS témoignent de la sensibilité du dossier. Elles traduisent également la volonté affichée des institutions concernées de ne pas être associées à des déclarations susceptibles de provoquer des inquiétudes ou des incidents.

Une question demeure néanmoins: au-delà des condamnations publiques, quelles mesures concrètes seront prises pour établir les faits et prévenir toute éventuelle menace contre les personnes et les biens?

L’ouverture annoncée de l’enquête judiciaire constitue une première étape. Son issue permettra de déterminer si les propos attribués à Fils Mukoko relèvent uniquement d’une polémique politique ou s’ils sont susceptibles d’engager des responsabilités au regard de la législation congolaise.

En attendant les conclusions de la justice, la prudence reste de mise. La gravité des déclarations rapportées appelle à la fois une vérification rigoureuse des faits, le respect de la présomption d’innocence et la protection de toutes les personnes concernées.

© CongoForum – redaction, 21.10.26

Image – source: presse congolaise

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