
BUNIA – C’est un mélange de soulagement et de colère qui prévaut en chefferie de Walese Vonkutu. Si 27 civils ont retrouvé la liberté ce début de semaine après des jours de captivité aux mains des rebelles ADF, les conditions de cet élargissement soulèvent de sérieuses questions sécuritaires et éthiques.
Le calvaire de ces 27 civils a pris fin le dimanche 15 février à Monge, zone située au cœur du territoire d’Irumu. Dès leur sortie de la brousse, les ex-otages ont été pris en charge par des jeunes locaux se réclamant du mouvement des « Wazalendo ». Ces derniers ont escorté le groupe jusqu’à la localité de Ndimo, où ils sont arrivés le lundi 16 février.
C’est ce mardi 17 février 2026, lors des premiers témoignages recueillis auprès des rescapés, que la face sombre de cette libération a été révélée. Plusieurs ex-otages affirment que leur survie et leur sortie des griffes des terroristes ADF n’ont été possibles que grâce au paiement de fortes rançons versées par leurs familles respectives.
Cette pratique, qui semble s’institutionnaliser dans la région, transforme le kidnapping en un véritable fonds de commerce pour les groupes armés, au détriment de populations déjà meurtries.
Faillite sécuritaire
Pour la Convention pour le Respect des Droits Humains (CRDH), le sentiment de joie lié au retour des disparus ne doit pas occulter la faillite sécuritaire que représente ce mode de libération.
Christophe Munyanderu, coordonnateur de l’ONG à Irumu, ne décolère pas:
« Comment peut-on payer pour sa propre libération dans son propre pays ? » s’interroge-t-il avec amertume.
Pour cette structure de défense des droits de l’homme, le fait que des citoyens soient contraints de financer indirectement leurs propres bourreaux pour rester en vie est une situation inadmissible qui interpelle directement les autorités militaires et civiles de la province de l’Ituri.
Cette libération intervient dans un contexte où la chefferie de Walese Vonkutu demeure l’une des zones les plus instables de l’Ituri, malgré les opérations sécuritaires en cours. Le paiement de rançons, s’il se confirme, risque d’encourager la multiplication des enlèvements de civils dans le territoire d’Irumu.
© CongoForum – Roger Mulyata, 17.02.26
Image – source: presse congolaise