Est de la RDC: le réveil tardif, pour justifier le budget des facilitateurs de l’Union Africaine (CongoForum)

BUTEMBO – Alors que la situation sécuritaire dans l’est de la République Démocratique du Congo demeure tendue, l’Union Africaine tente de relancer sa diplomatie régionale par le biais d’une mission de ses facilitateurs. Une initiative accueillie avec une grande réserve par les observateurs, qui y voient un rattrapage extemporané face au leadership américain et un exercice d’auto-justification institutionnelle.  

Désignés il y a près d’un an, les facilitateurs de l’Union Africaine sont restés singulièrement absents du terrain et des négociations régionales.

Selon le politologue Reagan Muhindo Muhesi, ce long silence contraste aujourd’hui avec le déploiement précipité de leur tournée diplomatique. Pour lui, ce déplacement n’a plus les attributs d’une médiation proactive destinée à devancer les crises. Il s’apparente davantage à un réveil tardif visant à combler une inactivité prolongée, voire à une opération de justification budgétaire avant l’échéance annuelle des instances continentales.  

Une diplomatie continentale dépassée par Washington

Pendant cette période d’inaction africaine, les lignes de force diplomatiques ont bougé. L’enseignant en sciences politiques de l’Université catholique du graben de Butembo fait remarquer que l’implication directe des États-Unis à travers le processus de Washington a préempté la gestion du dossier sécuritaire, reléguant les instances sous-régionales et continentales au second plan. 

En tentant de s’insérer à ce stade des événements, l’Union Africaine s’expose au risque de courir derrière une dynamique déjà impulsée par des acteurs extérieurs.

Reagan Muhesi ajoute que l’histoire diplomatique récente démontre en effet que l’intervention directe des grandes puissances tend à éclipser les canaux régionaux, ne leur laissant que très peu d’espace d’initiative ou de co-paternité sur les avancées obtenues. 

Des attentes très limitées sur le terrain

Sur les questions centrales du respect des engagements sécuritaires et des urgences humanitaires, le scepticisme prévaut quant à la capacité de cette mission à obtenir des garanties concrètes, analyse notre source. 

Au-delà des discours d’apaisement, la sous-région reste traversée par d’importants enjeux économiques et stratégiques liés au contrôle des ressources.

En accusant un tel retard opérationnel, la facilitation de l’Union Africaine aborde cette étape en position d’infériorité, rendant l’atteinte de résultats tangibles particulièrement incertaine, conclut le chef de travaux Reagan Muhesi.

© CongoForum – Roger Mulyata, 10.10.26

Image – source: presse congolaise

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