
LUBUMBASHI— Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) tire la sonnette d’alarme face à la dégradation de la situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo. Dans une déclaration publiée le 21 octobre à Lubumbashi, cette organisation non partisane et non violente interpelle l’ancien président Joseph Kabila et l’actuel chef de l’État, Félix Tshisekedi, sur leurs responsabilités dans la recherche d’une issue à la crise que traverse le pays.
Dans cette déclaration, la LUCHA estime que la crise actuelle trouve notamment ses origines dans les conditions de l’alternance politique de janvier 2019, intervenue après les élections du 30 décembre 2018. Le mouvement citoyen considère que les arrangements politiques conclus à l’époque entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi ont suscité des déceptions au sein d’une partie de la population, qui aspirait à une alternance démocratique porteuse de changements profonds.
Pour la LUCHA, les conséquences de cette séquence politique continuent de peser sur la vie nationale, dans un contexte marqué par les conflits armés, les tensions institutionnelles et les inquiétudes liées à l’avenir démocratique du pays.
Le recours aux armes vivement condamné
Le mouvement citoyen condamne particulièrement l’engagement annoncé de Joseph Kabila à la tête d’un nouveau mouvement politico-militaire. Il met en garde contre les conséquences d’une stratégie fondée sur les armes, susceptible, selon lui, d’aggraver l’insécurité et d’exposer davantage les populations civiles aux violences.
La LUCHA insiste également sur la nécessité de faire la lumière sur les violations des droits humains et de traduire en justice les personnes dont les responsabilités seraient établies, dans le respect des procédures judiciaires.
Cette position s’inscrit dans un appel plus large au rejet de la violence comme moyen de conquête ou d’exercice du pouvoir. Pour le mouvement, la résolution de la crise congolaise doit privilégier les voies politiques, le dialogue et le respect des droits fondamentaux.
Félix Tshisekedi également interpellé
L’actuel président de la République n’est pas épargné par les critiques de l’organisation citoyenne. La LUCHA lui demande de rendre compte des mesures prises pour anticiper les menaces sécuritaires et assurer la protection des populations, alors que plusieurs territoires de l’est du pays continuent de subir les conséquences des affrontements armés.
Le mouvement exprime également ses préoccupations concernant les initiatives éventuelles de modification de la Constitution. Il redoute qu’une telle démarche, dans un climat politique déjà tendu, puisse accentuer les divisions au sein de la société congolaise.
À travers cette interpellation, la LUCHA rappelle que la responsabilité de préserver la stabilité du pays incombe à l’ensemble des acteurs politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.
La LUCHA réclame le respect du cessez-le-feu
Sur le plan sécuritaire, le mouvement exige le respect effectif du cessez-le-feu par toutes les parties impliquées dans les hostilités, conformément aux engagements pris dans les processus de paix de Doha et de Washington.
Il appelle également à l’application des mécanismes de vérification destinés à surveiller le respect de ces engagements, à prévenir la reprise des combats et à renforcer la protection des civils.
Pour la LUCHA, les engagements diplomatiques ne peuvent produire des résultats durables que s’ils se traduisent par une réduction effective des violences sur le terrain. Les populations vivant dans les zones de conflit doivent pouvoir retrouver la sécurité, circuler librement et accéder aux services essentiels.
Une urgence humanitaire dans l’est du pays
Au-delà des enjeux politiques et militaires, la déclaration met en lumière la situation humanitaire préoccupante dans les régions affectées par les conflits. La LUCHA demande l’ouverture urgente de couloirs humanitaires sécurisés afin de faciliter l’acheminement de vivres, de médicaments et d’autres produits indispensables aux populations vulnérables.
Cette demande intervient dans un contexte où les conséquences de la guerre se combinent à des risques sanitaires, notamment ceux liés à l’épidémie d’Ebola évoquée dans la déclaration.
Le mouvement estime que l’assistance humanitaire doit pouvoir atteindre les personnes en détresse sans être entravée par les hostilités. La protection des civils et l’accès aux soins doivent, selon lui, constituer des priorités indépendantes des rivalités politiques et militaires.
Un dialogue national inclusif comme piste de sortie de crise
Pour sortir de l’impasse, la LUCHA plaide enfin pour un dialogue national véritablement inclusif, s’appuyant notamment sur les démarches de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), avec l’accompagnement de l’Union africaine et des Nations unies.
Le mouvement appelle les Congolais, aussi bien à l’intérieur du pays que dans la diaspora, à défendre pacifiquement l’unité nationale, l’intégrité territoriale et la souveraineté populaire. Il exhorte également les partenaires internationaux à soutenir les initiatives susceptibles de favoriser une paix durable.
À travers cette déclaration, la LUCHA adresse ainsi un message aux principales figures de la vie politique congolaise : ni le recours aux armes ni les confrontations institutionnelles ne sauraient, à eux seuls, apporter une réponse durable aux crises du pays.
Reste à savoir si cet appel à la responsabilité, au respect des engagements de paix et au dialogue inclusif trouvera un écho auprès des protagonistes. Pour les populations congolaises, particulièrement celles de l’est de la RDC, l’urgence demeure la même : mettre fin aux violences, protéger les civils et créer les conditions d’une paix durable.
© CongoForum – redaction, 22.10.26
Image – source: LUCHA/Radio Okapi