Butembo: le miroir brisé des Droits Humains (CongoForum)


BUTEMBO – ​Un récent rapport dresse un bilan glaçant de la situation sécuritaire à Butembo entre janvier 2024 et mars 2026. Entre assassinats ciblés et explosions des arrestations arbitraires, le document dénonce une déliquescence du droit, remettant en cause l’efficacité de l’état de siège dans cette zone.

​L’hécatombe dans les communes: la vie n’a plus de prix

​Le constat est sans appel. A Butembo, la vie humaine semble avoir perdu son caractère sacré. Le rapport recense 76 assassinats au cours de cette période. Sur ce total, 68 victimes ont été fauchées au cœur même des quatre communes de la ville, tandis que les autres ont péri en périphérie.

​Le décompte géographique révèle une disparité inquiétante. ​La commune de Bulengera se place en tête des zones les plus meurtrières. ​Elle est suivie par Mususa, Kimemi et enfin Vulamba.

​La violence ne trie pas ses cibles. Parmi les victimes figurent 67 hommes et 9 femmes. Le spectre social est large, touchant aussi bien les civils ordinaires et les taximen que les membres des forces de défense (militaires et policiers).

​Une justice en otage: l’industrie de l’arrestation arbitraire

​Si le sang coule, la liberté, elle, est confisquée à une échelle industrielle. Le rapport pointe un chiffre vertigineux: 2 075 cas d’arrestations arbitraires enregistrés en un peu plus de deux ans.

​L’analyse de ces détentions révèle des dérives administratives et judiciaires majeures:

–        ​496 cas concernent des faits individuels.

–        ​369 personnes ont été privées de liberté pour des « faits d’autrui » (arrestations de membres de la famille ou de proches), une pratique pourtant proscrite par la loi.

–        ​473 cas reposent sur des motifs qualifiés de « bénins », ne justifiant en rien une incarcération.

​État de siège: des missions en souffrance

​Le rapport souligne un déficit flagrant dans l’atteinte des objectifs de l’état de siège. Initialement instauré pour ramener la paix, ce régime semble peiner à endiguer la criminalité urbaine et à garantir la protection des citoyens. ​« Les chiffres témoignent d’une rupture de confiance entre les mécanismes de protection et les administrés », note le document.

​Recommandations: pour un sursaut républicain

​Face à ce « constat amer », les auteurs du rapport interpellent toutes les strates de la société:

–        National: garantir le respect effectif des droits humains et s’impliquer réellement dans l’éradication des violations.

–        Local / Provincial: renforcer les missions de prévention et démanteler les réseaux de violateurs de droits.

–        Justice: organiser

L’appel final s’adresse à la population: malgré la douleur et les abus, les citoyens sont encouragés à maintenir la collaboration et à renouveler, tant bien que mal, leur confiance envers les autorités pour ne pas laisser le chaos s’installer définitivement.

© CongoForum – rédaction, 13.05.26

Image – source: presse congolaise

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