
BENI – Le chef-lieu provisoire du Nord-Kivu vibre au rythme du Forum provincial sur la paix. Depuis lundi, autorités nationales, militaires et forces vives de la nation sont réunies pour disséquer la menace ADF-MTM et transformer les discours en stratégies de terrain.
Lancées ce lundi 23 février par le Président de l’Assemblée Nationale, l’Honorable Aimé Bonji Sankara, les assises de Beni se veulent être un tournant. Durant trois jours, plus de cent participants députés, cadres de la fonction publique, chefs des services de sécurité et leaders de la société civile planchent sur une équation complexe: comment neutraliser définitivement l’activisme des ADF-MTM ?
Pour le Gouverneur militaire, le Général-Major Kakule Somo Evariste, l’objectif est clair: sortir des sentiers battus pour élaborer des stratégies militaires et sociales capables de stopper les massacres qui endeuillent la région depuis trop longtemps.

Entre espoir et exigence de résultats
Au deuxième jour des travaux, ce mardi, l’ambiance est aux attentes pressantes. Si la « grand messe » sécuritaire se poursuit, les acteurs locaux ne cachent pas leur exigence de concret.
Clovis Mutsuva, leader des jeunes de Beni, estime que la réussite de ce Forum repose sur l’implication directe des ministères régaliens: « La présence des ministres de la Défense et de l’Intérieur est capitale pour traduire ces réflexions en ordres opérationnels. »
Madame Ruth Sabuni, du bureau urbain du Genre, Famille et Enfants, affiche un optimisme prudent. Malgré les craintes liées à la sécurité des intervenants suite à leurs prises de parole, elle espère que ce dialogue brisera le cycle de la peur.

L’attente des territoires voisins
L’écho du Forum dépasse les limites de Beni. À Lubero, la société civile salue une initiative qui s’attaque enfin à la désinformation entourant le phénomène ADF.
Pour Muhindo Tafuteni, président de cette structure, ces travaux doivent permettre une « appropriation collective » des recommandations pour renforcer l’action contre les terroristes.
Même son de cloche du côté du secteur des Bapere. Pour Masoli Pekeyake, représentant de la nouvelle société civile locale, le temps des promesses est révolu. « La population n’a plus besoin de « paroles mortes », mais d’actions concrètes sur le terrain pour pacifier une entité trop longtemps secouée par l’insécurité. »
Un enjeu de souveraineté
Placé sous le haut patronage du Chef de l’État, ce Forum provincial est perçu comme l’ultime étape de la vision présidentielle pour le retour de la paix à l’Est. Entre révélations sur les modes opératoires des rebelles et suggestions tactiques, les résolutions attendues ce mercredi 25 février seront scrutées de près par une population qui n’attend plus qu’une chose: le silence des armes.
Pendant ce temps, la société civile de Rutshuru, Masisi, Nyiragongo et Walikale dénonce son exclusion du Forum provincial sur les ADF, à Beni, et appelle le Gouverneur à garantir un processus inclusif pour préserver l’unité et l’efficacité des initiatives de paix.
© CongoForum – Roger Mulyata, 25.02.26
Images – source: presse congolaise