
LUBERO – La tension reste vive dans le secteur de Bapere, au nord-ouest du territoire de Lubero. Réunies en meeting populaire ce jeudi 29 janvier, les forces féminines de Manguredjipa ont posé une condition sine qua non à la reprise des activités: un changement radical du leadership militaire local, accusé d’inefficacité face aux massacres des rebelles ADF.
Devant l’administrateur militaire de Lubero, le colonel Kiwewa Mitela Alain, venu en mission de pacification, les femmes de Manguredjipa n’ont pas mâché leurs mots. Pour ces actrices majeures de l’économie locale, la persistance des tueries attribuées aux présumés ADF (Forces Démocratiques Alliées) est devenue insupportable.
Au-delà de la menace terroriste, les manifestantes ont ouvertement dénoncé le comportement de certains éléments des FARDC. Des accusations de tracasseries et de manque de résultats ont été portées contre les troupes censées protéger les civils. Cette défiance fait suite à un soulèvement populaire meurtrier déclenché mardi dernier.
Pour rappel, la journée du mardi 27 janvier 2026 a été marquée par des heurts violents entre la population et les forces de l’ordre. Le bilan fait état de deux morts et trois blessés.
« L’intervention musclée des services de sécurité a exacerbé la colère », déplore la société civile locale. Cette dernière soutient le mot d’ordre des journées « ville morte » et pointe du doigt l’inefficacité perçue non seulement des troupes régulières, mais aussi des opérations conjointes Shujaa (FARDC-UPDF) et des groupes de défense Wazalendo.
Face à cette fronde, le colonel Kiwewa Mitela a tenté de désamorcer la crise en multipliant les gages de bonne volonté. L’administrateur militaire a annoncé que plusieurs revendications étaient déjà en cours de traitement.
Le remplacement du chef de secteur local est acté. Discipline militaire: des mesures sont à l’étude pour relever les militaires dont le comportement « sape l’honneur de l’armée congolaise ». Sécurité: une restructuration du commandement opérationnel pour redynamiser la traque des ADF.
Vers une sortie de crise ?
Malgré ces promesses de calme et de changement, le secteur de Bapere reste suspendu à la décision des forces vives. Les activités socio-économiques demeurent paralysées, les femmes de Manguredjipa exigeant des actes concrets avant toute réouverture des commerces. La confiance entre la population et l’appareil sécuritaire semble, plus que jamais, à reconstruire.
© CongoForum – Roger Mulyata, 30.01.26
Image – source: presse congolaise