Lubero: à Manguredjipa, deux femmes tuées lors d’une manifestation contre l’insécurité (CongoForum)

LUBERO – ​Le secteur de Bapere, dans le territoire de Lubero, est plongé dans le deuil et la colère. Ce mardi 27 janvier, une marche de protestation organisée par des femmes de Manguredjipa a viré au drame, coûtant la vie à deux manifestantes et laissant plusieurs blessés derrière elle.

​Excédées par les massacres répétitifs attribués aux présumés rebelles ADF, Allied Democratic Forces, les femmes de Manguredjipa avaient décidé de descendre dans la rue pour interpeller les autorités. Leur message était clair,  dénoncer l’impuissance des forces de l’ordre face à une insécurité qui ne cesse de croître depuis 2024. ​

Malheureusement, ce qui devait être une expression démocratique de colère s’est terminé par une intervention musclée des services de sécurité. Selon Samuel Kageni, président de la société civile locale, l’usage de la force létale pour disperser la foule a entraîné ​2 décès parmi les manifestantes, ​3 blessés graves. Il y avait également d’importants dégâts matériels, dont la maison du chef de secteur vandalisée par des manifestants en colère suite aux tirs.

​La frustration des habitants de Manguredjipa, ainsi que des groupements Manzia et Mwenye en chefferie de Baswagha, repose sur un constat amer. Depuis le début de l’année 2026, plus de 50 civils ont été lâchement assassinés.

​Les manifestantes pointent du doigt une situation qu’elles jugent incompréhensible: comment les incursions rebelles peuvent-elles se multiplier alors que la région bénéficie d’une présence militaire massive ?

Le secteur est en effet le théâtre de plusieurs opérations et présences armées : ​Les FARDC et l’UPDF dans le cadre de l’opération conjointe Shujaa et ​les groupes d’autodéfense locaux, appelés Wazalendo.

​« Nous ne comprenons pas comment, avec autant de militaires et de patrouilles, l’ennemi continue de circuler et de tuer sans être inquiété », déplorent les structures citoyennes.

​Face à cette bavure présumée, la société civile condamne fermement la réaction des forces de sécurité. Samuel Kageni plaide désormais pour l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante afin d’identifier les auteurs des tirs et de faire la lumière sur la chaîne de commandement ayant mené à ce drame.

​Ce soir, l’atmosphère reste électrique à Manguredjipa. Si la population réclame justice pour les victimes de la manifestation, elle attend surtout des réponses concrètes face à la menace ADF qui continue de hanter les forêts du secteur de Bapere.

La société civile qui condamne la façon dont les forces de l’ordre ont violemment réprimé cette marche, vient de décréter la cessation des activités dans le secteur jusqu’au jour de l’enterrement des victimes.

© CongoForum – Roger Mulyata, 27.01.26

Image – source: presse congolaise

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