Fayulu à la Primature: vers une guerre froide avec l’UDPS? (CongoForum)

KINSHASA – L’hypothèse d’un Martin Fayulu nommé Premier ministre dans une cohabitation avec un président issu de l’UDPS paraît séduisante pour certains. Elle fait croire à une forme de compromis national. Pourtant, une telle configuration pourrait bien cacher les germes d’un bras de fer politique dont les conséquences seraient explosives.

Fayulu, figure centrale de la coalition Lamuka, n’est pas un homme à plier l’échine face aux pressions politiques. S’il devait accéder à la Primature dans le cadre d’un gouvernement dit « de cohabitation », il serait vite confronté à l’influence omniprésente de l’UDPS, parti présidentiel jaloux de ses prérogatives. Ce parti, dirigé dans les coulisses par des figures comme Augustin Kabuya, n’a jamais caché sa volonté d’orienter la gestion du pouvoir selon sa vision.

Or, Fayulu n’a ni le tempérament docile ni l’agenda politique malléable. L’idée qu’il puisse se laisser dicter sa conduite par Kabuya ou toute autre figure de l’UDPS semble improbable. Le refus de toute manipulation ou de compromission serait perçu comme une déclaration de guerre par les faucons de l’UDPS, qui verraient dans l’intransigeance de Fayulu une menace à leur contrôle sur l’appareil d’État.

Ainsi, ce qui devait être une alliance tactique – symbolisée par la « grossesse politique » entre Fatshi (Félix Antoine Tshisekedi) et Fayulu – pourrait rapidement se transformer en un accouchement prématuré, voire en un avortement brutal de cette tentative d’unité. L’union de façade se briserait sous le poids des ambitions contradictoires et des egos démesurés.

Ce divorce politique, s’il se produisait, ne serait pas anodin. Il plongerait le pays dans une nouvelle crise institutionnelle. D’un côté, Lamuka dénoncerait les manœuvres d’étouffement de l’UDPS, de l’autre, l’UDPS accuserait Fayulu de sabotage. Le risque d’une paralysie du gouvernement serait réel, tout comme celui d’un regain de tensions dans la rue, entre partisans des deux camps.

En définitive, la possible accession de Fayulu à la Primature, au lieu de symboliser la réconciliation nationale, pourrait inaugurer une nouvelle ère de conflits politiques, où l’intérêt général serait une fois de plus relégué au second plan. La cohabitation deviendrait alors un champ de bataille politique, et la « grosse Fatshi-Fayu », un rêve vite avorté.

© CongoForum – Gad Chrispin, 06.06.25

Image – source: Présidence RDC

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