
GOMA – Longtemps resté dans l’ombre, l’ancien président Joseph Kabila Kabange a choisi sa résidence de Goma pour livrer une charge frontale contre le pouvoir actuel. Dans un entretien exclusif accordé à La Libre Belgique, « l’autorité morale » du FCC dresse un constat sévère: dérive dictatoriale, menace de « soudanisation » et violation de la Constitution.
Alors que les rumeurs sur ses déplacements allaient bon train, Joseph Kabila réaffirme son ancrage sur le sol congolais. « Goma, c’est chez moi », martèle-t-il, justifiant sa présence dans l’Est comme une mission de cohésion nationale.
Pourtant, derrière les mots d’apaisement se cache une critique acerbe de la gestion de Félix Tshisekedi, son successeur et ancien partenaire de coalition.
L’accord de 2019: une arme secrète ?
Revenant sur l’alternance de 2019, Kabila jette un pavé dans la mare concernant l’accord de coalition FCC-CACH, rompu par le président actuel en 2020.
»Il n’y a qu’une seule copie, et je l’ai gardée… »
Cette petite phrase, lourde de sous-entendus, suggère que l’ancien président détient encore des preuves documentaires sur les coulisses de la première passation de pouvoir pacifique du pays, aujourd’hui contestée.
De la « balkanisation » à la « soudanisation »
L’un des points les plus sombres de son intervention concerne l’intégrité territoriale. Là où beaucoup craignent une division géographique (balkanisation), Joseph Kabila introduit un nouveau concept inquiétant: la « soudanisation ». Le risque est une implosion interne violente, similaire au conflit soudanais, alimentée par des tensions politiques et sécuritaires. Bien qu’il ne croie pas encore à une scission définitive entre l’Est et l’Ouest, il avertit que « tous les ingrédients sont en place ».
Un appel à la résistance constitutionnelle
Face au projet de révision ou de changement de Constitution porté par Kinshasa, Kabila ne mâche pas ses mots, qualifiant la démarche de « tripatouillage dangereux ». Pour lui, le régime a déjà enterré la loi fondamentale.
En guise de conclusion, l’ancien chef d’État a lancé un appel à peine voilé à la mobilisation populaire, brandissant l’article 64 de la Constitution, qui fait obligation à tout Congolais de faire échec à quiconque prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution.
© CongoForum – rédaction, 23.03.26
Image – source: capture d’écran