
GOMA– La population de Goma traverse une période d’incertitude et de souffrance économique aiguë suite à la chute brutale du taux de change du dollar américain face au franc congolais. Une situation qui affecte profondément le quotidien, les marchés, les services et le pouvoir d’achat déjà fragilisé par un contexte de guerre.
Il y a à peine quelques jours, avec 10 dollars américains, on pouvait se procurer des vivres de base grâce à un taux d’échange avoisinant 30 000 francs congolais. Aujourd’hui, ce même billet ne rapporte plus que 20 000 ou 22 000 francs, rendant l’accès à la nourriture et aux services essentiels presque impossible pour de nombreuses familles.
« C’est devenu un vrai casse-tête pour le panier de la ménagère. Le coût de la vie grimpe alors que nos revenus restent les mêmes ou baissent », témoigne une habitante du quartier Katindo.
Alors que Goma est déjà marquée par une crise sécuritaire, notamment dans les zones sous contrôle du M23, cette nouvelle dégringolade du dollar américain vient aggraver une situation socio-économique déjà explosive. Dans les marchés et structures sanitaires, les vendeurs et prestataires de services exigent désormais les paiements exclusivement en francs congolais pour se prémunir des pertes dues à l’instabilité du taux de change.
« Je suis venue avec 350 dollars pour régler ma facture médicale. Mais ici, on m’a obligée à payer en francs congolais, et au taux du jour, cela revient à plus de 410 dollars », raconte Francine Ombeni, rencontrée dans une structure sanitaire de la ville. « Nous sommes tous étonnés par la vitesse à laquelle le taux change. On ne sait plus à quel saint se vouer. »
Jusqu’à présent, aucune explication officielle n’a été donnée sur les causes précises de cette chute du taux de change, laissant place aux spéculations, aux inquiétudes et à une perte de confiance généralisée dans la monnaie étrangère, jadis perçue comme une valeur refuge dans la région.
Des cambistes interrogés disent eux-mêmes être déboussolés. Certains ont même suspendu leurs activités, redoutant des pertes importantes. D’autres vendent désormais les dollars à des taux très bas, refusant les grosses coupures ou proposant des conversions très défavorables aux clients.
Dans les quartiers populaires comme dans les zones résidentielles, la colère gronde. La population, déjà éprouvée par les conséquences de la guerre, de l’insécurité alimentaire et du chômage, se sent de plus en plus abandonnée.
Une crise de trop pour Goma
L’absence de communication des autorités, tant locales que nationales, renforce le sentiment d’abandon. Alors que les prix flambent, les salaires, eux, ne suivent pas. La survie quotidienne devient un combat.
Goma n’est pas étrangère aux crises. Mais cette instabilité monétaire, venue s’ajouter à des maux déjà profonds, risque d’entraîner des conséquences sociales majeures si des mesures urgentes ne sont pas prises.
© CongoForum – rédaction, 16.10.25
Image – source: presse congolaise