Crise de la famille: le Grand Nord-Kivu face à une « épidémie » de divorces (CongoForum)

BUTEMBO – ​Le Réseau pour les Droits de l’Homme (REDHO) vient de publier un rapport alarmant sur la fragilisation du tissu social dans la région de Beni-Butembo-Lubero. Entre 2021 et mars 2026, plus de 750 divorces ont été actés, touchant majoritairement des foyers à peine constitués.

​Le constat est sans appel: l’institution du mariage vacille dans le Grand Nord. Alors que le mois de mars célèbre les droits des femmes, le REDHO a choisi de mettre en lumière une réalité sociétale sombre. En l’espace de cinq ans, les tribunaux de paix de la région ont vu défiler des centaines de couples venus dissoudre leur union.

​Selon les données de monitoring compilées par l’organisation, la ville de Beni détient le triste record de la région avec 522 cas de divorce enregistrés. Elle est suivie par Butembo (196 cas) et le territoire de Lubero (38 cas).

Au total, ce sont 756 séparations officielles qui ont été documentées en cinq ans. ​Au-delà des chiffres, c’est le profil des concernés qui interpelle.

Maître Muhindo Wasivinywa, coordonnateur du REDHO, souligne une précocité inquiétante: la majorité de ces ruptures surviennent dans des jeunes foyers dont la durée de vie n’excède pas sept ans, certains s’effondrant même après seulement un mois de vie commune. ​« Ces chiffres effrayants révèlent une crise profonde de l’institution familiale dans notre zone », s’alarme Maître Wasivinywa.

Les racines du mal

​Pourquoi tant de foyers volent-ils en éclats si rapidement? Les enquêtes menées sur le terrain par le REDHO pointent du doigt plusieurs maux récurrents: ​

  • L’infidélité chronique et le manque de sincérité.
  • La « tromperie sur la marchandise », où les conjoints découvrent des mensonges sur le passé ou la situation de l’autre après le mariage.
  • ​Le poids des mariages forcés qui, sans fondation affective, finissent par céder sous la pression du quotidien.

Une menace pour l’équilibre social

​Si le divorce est un droit légal, ses conséquences sociales inquiètent les défenseurs des droits humains. Le REDHO redoute une multiplication de « familles déstructurées », avec pour première victime la jeunesse de la région. ​« Au-delà de la séparation, c’est la stabilité des enfants et l’équilibre social qui sont menacés », prévient le coordonnateur du REDHO. Pour l’organisation, un enfant issu d’un foyer brisé est souvent plus vulnérable aux aléas de l’instabilité sécuritaire et économique qui frappe déjà la province.

Un appel à la conscience collective

​Face à ce que certains considèrent déjà comme une urgence sociale, le REDHO appelle à une mobilisation générale. L’organisation sollicite l’implication des chefs religieux, des leaders communautaires et des autorités étatiques pour renforcer l’éducation au mariage et l’accompagnement des conjoints.

​L’objectif est clair: privilégier la médiation et la cohabitation durable pour préserver la cellule familiale, socle indispensable à la survie d’une communauté déjà durement éprouvée par des années de conflits.

© CongoForum – Roger Mulyata, 02.04.26

Image – source: presse congolaise

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