
KINSHASA – À peine trois jours après sa démission de la présidence du bureau de l’Assemblée nationale, le 22 septembre 2025, Vital Kamerhe a officiellement passé le « marteau de président » à Isaac Jean-Claude Tshilumbayi, premier vice-président de l’Assemblée nationale, désormais président intérimaire de l’institution. Kamerhe n’a pas attendu la désignation de son successeur officiel, préférant se retirer rapidement pour observer la suite à distance.
Lors de cette séance de remise et reprise, Kamerhe a tenu à encourager son successeur par intérim à défendre avec fermeté le président Félix Tshisekedi, tout en formulant ses vœux de réussite à celui qui lui succédera définitivement.
« La République passe avant tout… Je vous encourage à continuer à défendre le Président de la République, les valeurs de la République et les intérêts de notre peuple qui nous a mandatés », a déclaré le député Kamerhe, sous les ovations de ses anciens collaborateurs.
Une page sombre qu’il veut vite oublier
L’ancien speaker de la chambre basse souhaite tourner rapidement la page d’une période marquée par de fortes tensions internes. Une pétition, déposée par des députés de l’UDPS et d’autres formations politiques, l’accusait de mauvaise gestion, de blocage du contrôle parlementaire, de malversations financières, d’arriérés de frais de fonctionnement, et d’une couverture médicale insuffisante pour les élus. Cependant, ces accusations n’ont pas été prouvées devant la Commission spéciale mise en place.
Conscient des attentes de la population, notamment à l’approche de la session budgétaire, Kamerhe a préféré démissionner pour ne pas « bloquer la machine ». Il a déclaré que sa « petite personne ne doit pas bloquer une grande institution comme l’Assemblée nationale » et a affirmé partir « sans colère ni ressentiment envers qui que ce soit », prônant l’amour fraternel et les vertus du pardon.
Depuis New York, où il participait aux travaux de la 80ᵉ Assemblée générale de l’ONU, le président Félix Tshisekedi a réagi, qualifiant Kamerhe d’« allié » et de « frère ».
Un bilan élogieux en un temps record
Élu président de l’Assemblée nationale en mai 2024, Vital Kamerhe n’aura exercé ses fonctions qu’un peu plus d’une année, avec seulement trois sessions ordinaires dirigées. Pourtant, son action a donné l’impression d’un mandat beaucoup plus long, tant ses réformes et initiatives ont été marquantes.
Dès la session ordinaire de mars, il a affiché un bilan positif, tant sur le plan quantitatif que qualitatif, à travers des séances plénières dynamiques, un travail de commissions soutenu et un contrôle parlementaire rigoureux sur le gouvernement et les entreprises publiques.
Déterminé à soutenir la diplomatie présidentielle, Kamerhe a aussi su insuffler une dynamique nouvelle à la diplomatie parlementaire, en lançant plusieurs initiatives pour plaider la cause de la RDC sur la scène internationale. Une session extraordinaire avait d’ailleurs été convoquée dès février pour se pencher sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays, en proie à des menaces de balkanisation.
Une diplomatie parlementaire engagée
La diplomatie parlementaire pour la paix était au cœur de son agenda. En un an, une dizaine de voyages officiels sur différents continents ont permis de porter la voix de la RDC au plus haut niveau.
De Paris à Montréal, d’Israël aux États-Unis, en passant par l’Ouganda, la Côte d’Ivoire, le Maroc ou encore l’Égypte, Kamerhe a fait entendre les préoccupations du parlement congolais. À Paris, lors de la 50ᵉ session de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF), il a obtenu un engagement fort de l’organisation pour soutenir les efforts de paix en RDC, notamment les accords de Washington.
À Montréal, lors de la 49ᵉ session de l’APF, il a dénoncé le silence de la communauté internationale face aux violences dans l’Est, exacerbées par les actions du M23 soutenu par le Rwanda. Il a appelé l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à prendre des mesures coercitives contre les pays agresseurs, notamment le Rwanda et l’Ouganda.
Il a également rencontré Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale française, avec qui il a échangé sur les avancées diplomatiques liées au processus de paix. À Kampala, lors de la 3ᵉ Conférence interparlementaire des présidents des parlements africains, il s’est entretenu avec la présidente du parlement ougandais, Anita Annette Among, autour des défis sécuritaires régionaux.
Enfin, il a consolidé les relations avec Israël en rencontrant Amir Ohana, président de la Knesset, pour discuter de la création d’un groupe d’amitié parlementaire RDC-Israël.
© CongoForum – rédaction, 26.09.25
Image – source : Assemblée nationale