
MASISI – Alors que l’Est de la République démocratique du Congo s’enfonce dans le chaos, un nouveau déploiement militaire rwandais fait craindre une escalade régionale. Dans le même temps, un massacre d’une cruauté inouïe choque l’opinion, relançant le débat sur la fin des négociations avec les rebelles du M23.
Depuis le dimanche 21 septembre, des sources locales et militaires rapportent le déploiement par l’armée rwandaise d’un arsenal anti-aérien, notamment des missiles sol-air, sur la colline stratégique de Katale, dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu.
L’alerte a été donnée par le député national et chef des Volontaires de défense de la patrie (VDP), Prince Willy Mishiki, qui accuse Kigali de vouloir neutraliser les capacités aériennes des Forces armées de la RDC (FARDC). Ce matériel sophistiqué viserait à brouiller les drones du gouvernement et abattre tout engin aérien survolant le territoire congolais. « C’est une tentative claire de domination militaire. Ce déploiement est une provocation inacceptable », affirme le député, ancien chef de guerre reconverti en acteur politique.
Cette alerte survient dans un contexte de consternation nationale. Dans la nuit du samedi 20 au dimanche 21 septembre, au moins 25 civils ont été massacrés dans le territoire de Walikale, précisément dans le groupe Kisimba. Selon Prince Mishiki, les auteurs sont les combattants de la coalition AFC/M23, appuyée par le Rwanda.
Parmi les victimes figurent sept femmes, violées publiquement avant d’être exécutées, ainsi que deux enfants. Des actes d’une brutalité qui rappellent les pires heures du conflit congolais.
« Nous condamnons fermement ce massacre abominable. C’est une ligne rouge franchie. Le Rwanda et ses supplétifs du M23 doivent être traités comme des agresseurs, pas comme des interlocuteurs politiques », a martelé Prince Mishiki.
Face à cette double menace – militaire et humanitaire – le Conseil national de résistance des volontaires de défense de la patrie (Wazalendo), dirigé par Mishiki, demande la suspension immédiate des pourparlers de Doha avec les rebelles du M23. « Les négociations n’ont plus aucun sens. L’heure est à une riposte militaire sans concession. »
Du côté des FARDC, la réaction ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué publié le 20 septembre, le major Nestor Mavudisa Kamba Mayoyo, porte-parole de la 3ᵉ zone de défense, a dénoncé une série d’attaques coordonnées menées par le M23 entre le 17 et le 19 septembre, ciblant plusieurs localités du Nord et Sud-Kivu: Chanzikiro, Nkambi, Sisa, Ndete, Kazinga, Chambombo et Katale.
L’armée évoque une violation répétée du cessez-le-feu, qu’elle qualifie de provocation grave. Le message est clair: toute nouvelle attaque déclenchera une réponse militaire vigoureuse. « Nous prenons à témoin les médiateurs américains et qataris. La RDC ne restera pas passive face à l’agression », a prévenu le major Mayoyo.
Lors de la 59eme réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 19 septembre à la Cité de l’Union africaine, le vice-Premier ministre et ministre de la Défense nationale, Guy Kabombo, a tenu un discours équilibré entre apaisement diplomatique et détermination militaire.
Il a rappelé que les FARDC sont prêtes à défendre l’intégrité du territoire congolais dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, et même jusqu’aux abords de Kinshasa. « La défense de notre territoire reste une priorité absolue », a-t-il insisté.
Dans un message fort, le général Sylvain Ekenge, porte-parole des FARDC, a lancé un appel solennel aux militaires congolais enrôlés dans les rangs de l’AFC/M23: « Vous avez été formés pour défendre la République. Ne trahissez pas votre serment. Toute collaboration avec l’ennemi est un sacrilège impardonnable. »
Il a également dénoncé la “mise en scène” médiatique du M23, qui prétend avoir convaincu plusieurs soldats FARDC de rejoindre sa cause.
Le déploiement de missiles sol-air par le Rwanda, les massacres de civils, et les attaques coordonnées du M23 marquent une escalade inquiétante dans l’Est de la RDC. Alors que la situation humanitaire se dégrade et que le processus de paix vacille, Kinshasa est confrontée à une menace existentielle contre sa souveraineté.
© CongoForum – rédaction, 26.09.25
Image – source: CongoForum