
KINSHASA – Le verdict tant attendu dans l’affaire de Constant Mutamba, ancien ministre de la Justice, jugé pour un présumé détournement de 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison à Kisangani, a une fois de plus été reporté. Aucune explication officielle n’a été donnée, alors que tout semblait prêt pour l’audience: dispositif sécuritaire renforcé, présence de la police anti-émeute, et un public mobilisé.
Selon plusieurs sources, M. Mutamba se dirigeait déjà vers la Cour de Cassation, escorté par ses partisans, avant de recevoir l’ordre de faire demi-tour. Un report inattendu, qui soulève des interrogations: les autorités auraient-elles craint des troubles à l’ordre public à l’annonce du jugement?
Mais ce contretemps pourrait bien, paradoxalement, jouer en faveur de l’accusé. Car Mutamba, qui se présente volontiers comme la « réincarnation de Lumumba », a transformé ce procès en véritable tribune politique. « C’est le procès de ma vie. Ma carrière politique est en jeu », répète-t-il inlassablement devant les juges.
La stratégie du martyr
Sur les réseaux sociaux, le soutien à l’ancien ministre ne faiblit pas. Sympathisants, influenceurs, célébrités et internautes s’accordent à le présenter comme victime d’un procès politique. Certains n’hésitent pas à le comparer à Jésus-Christ préféré à Barabbas, dénonçant une injustice flagrante.
« Dans tous les cas, Mutamba sort gagnant. Condamnez-le, il devient un héros. Acquittez-le, vous prouvez l’acharnement », écrit un journaliste, fervent défenseur du jeune leader. Le personnage séduit une frange importante de la jeunesse congolaise, qui voit en lui un symbole de rupture avec une classe politique vieillissante et discréditée.
Un populisme assumé
Fidèle à sa réputation de tribun habile et provocateur, Constant Mutamba orchestre une communication savamment pensée. Sa résidence est devenue ces derniers jours le théâtre d’une mise en scène politique millimétrée. Maîtrisant l’art de la communication – qu’il qualifie lui-même « d’arme révolutionnaire » – l’ancien ministre aurait alloué une part significative du budget de son ministère à ce domaine.
Son style flamboyant, souvent comparé à celui de Fidel Castro, et ses attaques frontales contre la magistrature ou même des membres du gouvernement – n’hésitant pas à évoquer publiquement « l’odeur du détournement » en présence de la cheffe du gouvernement – lui ont attiré de nombreuses inimitiés.
Deux poids, deux mesures ?
Ce revirement spectaculaire de l’opinion publique à son égard soulève une question de fond: pourquoi Constant Mutamba et pas d’autre ? Si ses détracteurs pointent une dérive populiste, ses partisans, eux, dénoncent une justice à géométrie variable. Pour eux, ce n’est pas tant que Mutamba est irréprochable, mais plutôt qu’il paie seul le prix d’un système où nombre de prédateurs des deniers publics demeurent intouchables.
Dans un contexte de méfiance généralisée à l’égard des institutions, Mutamba parvient ainsi à incarner une forme de résistance. Loin d’être affaibli, son procès pourrait bien renforcer sa stature politique, le positionnant même, selon certains, comme un futur candidat sérieux à la présidence.
© CongoForum – rédaction, 27.08.25
Image – source: presse congolaise