
GOMA – La ville de Goma, dans la province du Nord-Kivu, a une nouvelle fois été secouée ce mercredi à l’aube par une opération musclée de bouclage menée par les rebelles de la coalition AFC/M23, dans le quartier Mabanga Sud, commune de Karisimbi.
Selon plusieurs témoins, des centaines d’habitants ont été contraints de quitter leurs maisons dès les premières heures du jour pour un contrôle d’identité massif organisé au stade de l’Unité. Deux jeunes hommes, qui auraient tenté de fuir l’opération, ont été blessés par balle. Ils ont été évacués dans un état critique, selon des sources locales.
Il s’agit de la sixième opération du genre enregistrée dans cette commune depuis janvier. Ces bouclages sont officiellement justifiés par les rebelles au pouvoir comme des actions de « lutte contre l’insécurité » et de « traque des infiltrés » affiliés aux FARDC, aux Wazalendo ou encore aux FDLR.
Aucune information chiffrée n’a été communiquée par les autorités rebelles sur le nombre exact d’arrestations opérées ce mercredi. Toutefois, plusieurs personnes ont été interpellées, selon les témoignages recueillis sur place.
Depuis le lancement de ces opérations, près de 800 personnes auraient été arrêtées à Goma et dans le territoire voisin de Nyiragongo, d’après des sources concordantes.
Des organisations locales de défense des droits humains tirent la sonnette d’alarme. « Nous craignons des détentions arbitraires, des actes de torture et des disparitions forcées », déclare une militante d’une ONG de Goma, rappelant que des abus avaient déjà été signalés lors de précédentes opérations, notamment celle du 3 juillet au marché Kituku.
Kambere Mwisa dit Lumumba, ancien militant de la LUCHA et actuel porte-parole du gouverneur rebelle de l’AFC/M23, a nié en bloc ces allégations. « Nous ne procédons à aucun recrutement forcé et nos opérations respectent les normes de sécurisation », a-t-il assuré dans une déclaration à la presse. « Ceux qui collaborent avec les ennemis de la paix seront présentés à la justice », a-t-il ajouté, sans commenter les cas de blessés signalés.
Les habitants de Goma vivent dans un climat de peur permanent, marqué par l’incertitude et la menace de nouvelles opérations. « On ne peut plus dormir tranquillement. Chaque matin, on redoute de voir les jeeps débarquer dans le quartier », témoigne Chantal, mère de famille à Mabanga Sud. Comme beaucoup d’autres, elle appelle à une intervention internationale urgente pour mettre fin à ce qu’elle décrit comme « une traque injustifiée des innocents ».
Face à la recrudescence des violences et à l’extension du contrôle de l’AFC/M23 dans l’est de la RDC, des observateurs régionaux appellent à une réaction rapide. « L’Union africaine et les États de la région doivent intervenir pour éviter un engrenage incontrôlable de violences », avertit un analyste sécuritaire basé à Bukavu.
© CongoForum – rédaction, 07.08.25
Image – source: Radio Okapi