
UVIRA – Dans une atmosphère chargée d’émotions la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, a commémoré ce samedi 2 août 2025 le ‘Genocost’, en mémoire de tous les massacres du Sud-Kivu, perpétrés par les éléments de l’AFDL. La cérémonie s’est tenue au centre-ville, près de la Mosquée centrale de Mulongwe, sur le lieu même où plus de 200 personnes avaient été massacrées.
Des victimes, survivants, familles endeuillées et autorités provinciales ont assisté à cette commémoration, empreinte de douleur et de dignité. Le professeur Jean-Jacques Purusi, gouverneur du Sud-Kivu, était présent aux côtés de l’honorable Feston Kabeza, président de l’Assemblée provinciale, du maire ad interim d’Uvira Kapenda Kifara ainsi que de plusieurs autres figures civiles et militaires.
Des scènes bouleversantes ont marqué la journée: des pleurs, des cris, des visages inconsolables. Les survivants ont témoigné des atrocités vécues et ont réclamé justice et la fin de l’impunité, affirmant que les responsables de ces crimes sont connus et certains sont encore vivants. Une minute de silence a été observée à la mémoire des victimes. A la place Monument de la libération à Kimanga on a tenu une veillée en mémoire des victimes.
Le gouverneur Purusi a promis l’érection d’un monument commémoratif à Kakungwe, lieu symbolique du drame, pour perpétuer la mémoire des disparus. Il a également annoncé la création d’une ‘Commission Vérité et Réconciliation’ dans le cadre d’un processus de justice transitionnelle. « Nous sommes en train de mettre en place une commission qui réunira victimes et bourreaux pour favoriser la vérité et la réconciliation », a-t-il déclaré.

À partir du lundi prochain, une visite de la Prison centrale de Mulunge est prévue. Le ministre provincial de la Justice a été instruit de réunir les acteurs de la justice civile et militaire afin de relancer un système judiciaire à Uvira.
Le gouverneur a fermement averti que toute personne, civile ou militaire, y compris les éléments Wazalendo, impliquée dans des crimes, sera poursuivie selon les lois en vigueur en RDC.
Un hommage a été rendu au Président de la République Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et à la Première Dame Denise Nyakeru pour leur engagement en faveur de la paix.
Retour sur les événements du 26 mai 1997: le massacre de Kakungwe
Dix jours après la prise de Kinshasa par l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila, la ville d’Uvira, berceau de la rébellion, fut le théâtre d’un des massacres les plus sanglants de son histoire.
Le 26 mai 1997, en réaction à l’assassinat de six civils dans les quartiers Kabindula, Mahembe et Kasenga, la jeunesse d’Uvira a organisé une marche pacifique en direction du bureau de la cité pour protester contre ces meurtres. Porteurs de corps sans vie, les manifestants venus de plusieurs quartiers chantent des slogans pro-Mobutu et anti-AFDL, notamment « Lokuta munene, oyo akanisaka Mobutu akokufa… » et « Wanyarwanda Wote, barudiye kwabo ! ».
Arrivés au niveau de la Tribune de Mulongwe (avenue de l’Authenticité), les manifestants étaient accueillis par un peloton militaire dirigé par le commandant de ville, Afande Ninja, et l’administrateur de territoire, Bazire Kushebana. L’ordre était donné d’ouvrir le feu sur la foule. Des dizaines de jeunes étaient tués sur le champ, d’autres pourchassés et abattus dans leurs quartiers. Bazire Kushebana, blessé par l’un de ses propres gardes du corps, sera évacué à l’étranger.
Jusqu’à ce jour, aucun bilan officiel n’a été établi. Plusieurs témoignages indiquent que les corps des victimes ont été jetés dans le lac Tanganyika ou enterrés à la hâte à Kilibula, Nyamianda et Mulongwe.
Le massacre de Kakungwe, longtemps passé sous silence, trouve aujourd’hui une reconnaissance. Le Genocost, au-delà de la commémoration, est un appel fort à la justice, à la vérité et à la réparation.
© CongoForum – rédaction, 02.08.25
La RDC commémore ce samedi 2 août la journée nationale du Genocost – contraction de « Geno » pour génocide et de « cost » pour coût en anglais, c’est-à-dire pour l’exploitation des richesses du Congo. Kinshasa est engagée dans une campagne pour faire reconnaître à l’international l’existence d’un « génocide économique au Congo ».
Images – source: presse congolaise