
KISANGANI – Vingt-cinq ans après les combats meurtriers qui ont ravagé la ville de Kisangani en juin 2000, les victimes de la “guerre des Six Jours” attendent toujours vérité, justice et réparations. Dans un rapport publié ce jeudi, intitulé « Le Congo, ça n’émeut personne? 25 ans sans justice pour la guerre de Six Jours à Kisangani », Amnesty International dénonce l’impunité persistante entourant l’un des épisodes les plus sanglants de la Deuxième Guerre du Congo.
Du 5 au 10 juin 2000, les forces armées rwandaises et ougandaises, alors présentes sur le sol congolais, se sont affrontées à Kisangani, transformant cette ville stratégique en champ de bataille. Des quartiers entiers furent bombardés, causant la mort de plusieurs centaines de civils, des centaines de blessés, des viols, et des pillages massifs.
Malgré la gravité des faits et la forte médiatisation à l’époque, aucune procédure judiciaire n’a été engagée à ce jour, ni par les juridictions congolaises, ni par la Cour pénale internationale (CPI). Un constat glaçant que met en lumière Amnesty International dans son rapport, dénonçant une absence totale de reddition de comptes. « Il est absolument inacceptable que, pendant 25 ans, pas une seule personne n’ait été tenue responsable des crimes perpétrés à Kisangani », déclare Tigere Chagutah, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique centrale et australe.
Pour les survivants et leurs familles, cette impunité est vécue comme un abandon par les institutions nationales et internationales. Nombreux sont ceux qui continuent de souffrir dans le silence, sans aucune reconnaissance officielle ni soutien psychologique ou matériel. « Mon vœu le plus cher, c’est l’installation de tribunaux. C’est le souhait des Congolais. Aujourd’hui, on sent un mouvement de frustration grandissant dans la population », témoigne un rescapé cité dans le rapport.
La guerre des Six Jours, bien qu’épisodique dans le cadre de la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003), incarne aujourd’hui l’un des symboles les plus marquants de l’échec de la justice transitionnelle en République démocratique du Congo. Si des appels à la réparation et à la mémoire ont été régulièrement lancés, ils restent lettre morte face à l’indifférence politique et diplomatique.
Amnesty International appelle les autorités congolaises à ouvrir des enquêtes sérieuses, à coopérer avec la CPI, et à instaurer un mécanisme de réparation pour les victimes. L’organisation insiste également sur la nécessité de créer un environnement propice à la lutte contre l’impunité pour tous les crimes de guerre commis sur le territoire congolais.
Alors que la ville de Kisangani commémore ce triste anniversaire dans une relative indifférence institutionnelle, les survivants, eux, n’oublient rien. Le combat pour la vérité et la justice continue, avec l’espoir qu’un jour, enfin, le droit l’emporte sur l’oubli.
© CongoForum – rédaction, 05.06.25
Plus d’infos: https://www.amnesty.be/infos/actualites/article/victimes-attendent-justice-reparations-guerre-kisangani
Image – source: Présidence RDC