Lutte contre le changement de la Constitution: la marche de la C64 émaillée de heurts à Kinshasa et dans plusieurs villes (CongoForum)

KINSHASA– La journée de mobilisation organisée ce mardi par la Coalition Article 64 (C64) contre tout projet de modification de la Constitution a été marquée par des tensions et des affrontements dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo.

À Kinshasa, où le rassemblement avait été autorisé par les autorités locales, plusieurs centaines de militants de l’opposition se sont réunis dans la matinée, arborant les couleurs des différents partis membres de la C64. La situation s’est toutefois rapidement tendue après le départ du cortège.

Selon plusieurs sources contactées par CongoForum dans la capitale congolaise, des affrontements ont éclaté entre des partisans de l’opposition et des militants présentés comme proches du pouvoir. La police est intervenue à l’aide de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Au moins deux personnes ont été blessées, selon nos sources .

Des accusations de violences

Dans le camp de l’opposition, plusieurs responsables ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une répression de leur mobilisation.

Delly Sesanga a dénoncé les violences qui auraient accompagné la manifestation et demandé que toute la lumière soit faite sur les événements. Il affirme que les opposants ont été confrontés à un important dispositif sécuritaire et dénonce des arrestations qu’il qualifie d’arbitraires.

Jean-Marc Kabund, pour sa part, affirme que la mobilisation avait pour objectif de défendre « l’ordre constitutionnel et démocratique ». Il déplore l’intervention d’éléments de la Force du Progrès, qu’il accuse d’avoir agi aux côtés de policiers lors de la dispersion du cortège.

« Les armes de la République ne peuvent jamais être tournées contre des citoyens pacifiques. La Police nationale est au service de la Nation, pas d’un parti, d’un camp ou d’un régime », a déclaré Jean-Marc Kabund, qui réclame une enquête afin d’établir les responsabilités dans les violences.

Il affirme également avoir défendu, lorsqu’il était parlementaire, la loi portant statut de l’opposition en 2007, estimant que les pratiques dénoncées aujourd’hui sont incompatibles avec le fonctionnement démocratique.

Des tensions dans plusieurs provinces

Les incidents ne se sont pas limités à la capitale. Des rassemblements ou tentatives de mobilisation ont également été signalés à Lubumbashi, Mbandaka, Kisangani et dans d’autres villes du pays.

À Lubumbashi, la manifestation avait été interdite par les autorités locales. Des militants se sont néanmoins rassemblés dans le centre-ville avant d’être dispersés par les forces de l’ordre à l’aide de tirs de sommation et de gaz lacrymogènes. Plusieurs personnes auraient été interpellées, selon ces mêmes sources contactées sur place.

Mohamed Eyenga, coordonnateur provincial de l’Envol et cadre de la C64, a déclaré avoir été surpris par l’important dispositif militaire et policier déployé pour empêcher la manifestation. Il affirme que plusieurs militants ont été arrêtés.

La police donne cependant une autre version. Le général Blaise Kilimbalimba, commandant de la police dans le Haut-Katanga, a assuré que les dispositions prises visaient à permettre aux citoyens de vaquer librement à leurs occupations et qu’aucun manifestant pacifique n’avait été interpellé. Il a également affirmé que la situation était calme.

À Mbandaka, où le rassemblement avait également été interdit, une centaine de militants ont été dispersés. Des sources citées dans les éléments disponibles font état d’une dizaine d’interpellations.

À Kisangani, des membres de la C64 ont dénoncé avoir été empêchés de participer à la marche et bloqués au siège d’Ensemble pour la République. Ils accusent des éléments de la police, accompagnés de membres de la Force du Progrès, d’avoir empêché le déroulement de la manifestation.

Matata Ponyo appelle à la vigilance

De son côté, l’opposant Matata Ponyo figure parmi les responsables politiques associés à la démarche de la C64 visant à s’opposer à toute modification de la Constitution susceptible, selon l’opposition, d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel.

La coalition C64 rassemble depuis plusieurs mois plusieurs formations et personnalités de l’opposition, notamment celles de Martin Fayulu, Delly Sesanga, Moïse Katumbi et Matata Ponyo. Elle avait fait du 15 septembre une journée de mobilisation nationale contre le projet de modification constitutionnelle.

L’opposition estime que cette réforme pourrait permettre au président Félix Tshisekedi, élu en 2019 puis réélu en 2023, de briguer un troisième mandat. Le pouvoir, de son côté, défend le processus de réforme constitutionnelle engagé.

Une journée sous haute tension

La mobilisation du 15 septembre aura ainsi mis en évidence la forte polarisation politique en RDC. Alors que l’opposition revendique son droit constitutionnel à manifester et à défendre l’ordre démocratique, les autorités mettent en avant la nécessité de préserver l’ordre public et la libre circulation des citoyens.

Les accusations portées par les différents camps devront être confrontées aux faits et, le cas échéant, faire l’objet d’enquêtes indépendantes afin d’établir les responsabilités dans les violences et les arrestations signalées.

Dans un contexte politique déjà tendu autour de la réforme constitutionnelle, la journée de mobilisation de la C64 constitue un nouveau test pour le respect des libertés publiques, du droit de manifestation et du dialogue politique en RDC.

© CongoForum – rédaction, 15.09.26

Images – source: presse congolaise

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