
KINSHASA — Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a officiellement annoncé la convocation d’un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Dans son adresse à la nation dans la soirée de ce jeudi 27 juillet 2026, le chef de l’État congolais ca toutefois fixé une ligne rouge claire: les mouvements qui prennent les armes contre l’État congolais, occupent une partie du territoire national ou agissent, selon lui, au service d’une puissance étrangère, ne pourront pas participer au processus en qualité de composantes politiques.
Une position qui exclut de fait l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être soutenu par le Rwanda. « Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la nation tout en prenant les armes contre elle. Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît aux citoyens. Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le président congolais s’est montré encore plus explicite en précisant les critères de participation au futur dialogue.
« Ne pourront donc pas participer à ce dialogue en qualité de composantes politiques, ceux qui, à l’ouverture du processus, combattent par les armes l’ordre constitutionnel, occupent par la force une partie du territoire national, administrent illégalement des entités de la République ou agissent au service d’une puissance étrangère, en l’occurrence le Rwanda », a-t-il affirmé.
Un dialogue voulu « souverain » et organisé en RDC
Après avoir consulté les institutions de la République, les forces politiques et sociales, le milieu scientifique ainsi que plusieurs personnalités congolaises et certains dirigeants de la sous-région, Félix Tshisekedi dit avoir pris la décision de lancer officiellement ce processus.
« J’ai décidé de convoquer le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Ce Dialogue est une initiative souveraine, conçue par les Congolais et pour les Congolais, conduite sur le territoire national et orientée exclusivement vers les intérêts supérieurs de la Nation », a déclaré le chef de l’État.
Selon le président, ce dialogue devra réunir les différentes composantes de la société congolaise autour d’un objectif qui dépasse les intérêts individuels et partisans : « défendre la République, consolider la paix, préserver l’unité nationale et protéger nos intérêts stratégiques ».
Des forums préliminaires devraient être organisés dans plusieurs villes de l’intérieur du pays. Chaque province sera appelée à établir son propre diagnostic sur les problèmes auxquels elle est confrontée, dans l’objectif de faire remonter les préoccupations locales au niveau national.
« Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir »
Dans son adresse, Félix Tshisekedi a également critiqué les précédentes expériences de dialogue politique en RDC. « Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État », a-t-il déclaré.
Pour le président, les précédents dialogues ont principalement été conduits entre acteurs politiques, avec une implication insuffisante de la population. « Le peuple congolais a souvent été appelé à soutenir des conclusions qu’il n’avait pas véritablement contribué à élaborer », a-t-il déploré.
Le nouveau processus devrait ainsi, selon lui, s’éloigner d’une logique de négociations centrées sur la répartition des postes politiques pour privilégier la consolidation des institutions, la participation citoyenne et la recherche de solutions durables aux crises qui secouent le pays.
Pas de légitimité politique par les armes
La question de la participation des groupes armés constitue l’un des points les plus sensibles de cette initiative présidentielle.
Félix Tshisekedi estime qu’aucune organisation ne peut utiliser la force militaire comme moyen d’obtenir une reconnaissance ou une légitimité politique. « Aucun mouvement armé ne pourra invoquer l’inclusivité pour imposer par la force ce qu’il n’a pas obtenu par les lois démocratiques », a-t-il martelé.
Cette position ferme la porte, dans les conditions annoncées par le chef de l’État, à une participation de l’AFC/M23 en tant que composante politique du dialogue, tant que le mouvement restera engagé dans les combats et contrôlera des territoires congolais.
Kinshasa et Kigali sont par ailleurs engagés dans des processus diplomatiques, notamment sous médiation américaine et qatarie, visant à parvenir à une issue politique et sécuritaire à la crise dans l’Est de la RDC.
Washington, Doha, Union africaine et Union européenne sollicités
Le chef de l’État congolais a également appelé les partenaires internationaux à accompagner le processus. Il sollicite notamment un accompagnement « ferme et constant » des États-Unis, du Qatar, de l’Union africaine et de l’Union européenne, afin de soutenir les processus de Washington et de Doha, mais également les efforts liés au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et au désarmement du M23.
Félix Tshisekedi appelle parallèlement les acteurs politiques, sociaux et religieux à privilégier l’apaisement, à rejeter les discours de haine et à placer l’intérêt supérieur de la République au-dessus des ambitions individuelles.
Un appel à la jeunesse et à un « sursaut » national
Dans la dernière partie de son discours, le président congolais a lancé un appel à l’unité et à la mobilisation nationale. Il invite les Congolais à dépasser les divisions politiques et les « querelles de préséance » pour privilégier, selon ses termes, « le sursaut, l’unité et l’action ».
Le chef de l’État soumet ainsi à la nation plusieurs priorités pour la prochaine décennie : bâtir un État capable de prévenir les crises, renforcer la présence de l’administration sur l’ensemble du territoire et consolider une démocratie dans laquelle les divergences politiques ne compromettent ni la paix civile ni la continuité de l’État.
Il appelle enfin la jeunesse congolaise à prendre toute sa place dans ce processus présenté comme une démarche de refondation nationale.
Reste désormais à voir comment cette initiative sera concrètement mise en œuvre, quelles seront les différentes composantes retenues et surtout quelle sera la réaction des acteurs politiques et sociaux, dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays et par les efforts diplomatiques visant à parvenir à une paix durable.
Pour M. Tshisekedi, le message est en tout cas sans ambiguïté: le dialogue sera ouvert aux Congolais, mais la prise des armes et l’occupation du territoire ne pourront, selon lui, constituer un passeport vers la légitimité politique.
© CongoForum – rédaction, 28.08.26
Image – source: Présidence RDC