
GOMA – La décision du ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire, de la Recherche scientifique et Innovations (ESU-RSI) de suspendre, jusqu’à nouvel ordre, les activités académiques et para-académiques dans plusieurs établissements publics de Goma et de Bukavu commence déjà à susciter de vives réactions au sein de la communauté estudiantine.
La mesure, prise par la ministre de l’ESU-RSI, la Professeure Dr Marie-Thérèse Sombo, est justifiée par la situation sécuritaire jugée particulièrement préoccupante dans les deux principales villes de l’Est de la République démocratique du Congo.
À Goma, la suspension concerne notamment l’Université de Goma (UNIGOM), l’ISC-Goma, l’ISTM-Goma, l’ISTA-Goma et l’ISP-Goma. À Bukavu, elle touche l’UOB, l’ISC-Bukavu, l’ISTM-Bukavu, l’ISP-Bukavu, l’ISDR-Bukavu et l’ISAM-Bukavu.
La décision porte sur les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations, les délibérations ainsi que tout acte susceptible d’aboutir à la délivrance d’un titre académique pour l’année 2026-2027.
Des étudiants dénoncent une décision « lourde de conséquences »
Quelques jours seulement après l’annonce de cette mesure, plusieurs étudiants commencent à la contester. Dans les milieux universitaires de Goma et de Bukavu, nombreux sont ceux qui estiment que cette suspension risque de porter un coup supplémentaire à une jeunesse déjà fortement éprouvée par la situation sécuritaire et socio-économique.
Pour ces étudiants, fermer les portes des établissements publics pendant une durée indéterminée revient à prolonger davantage une situation qui a déjà perturbé leurs études au cours des dernières années. « Nous avons déjà perdu beaucoup de temps à cause de la guerre. Aujourd’hui, nous voulons simplement étudier et construire notre avenir. Pourquoi devons-nous encore être sacrifiés ? », s’interroge un étudiant de Goma, qui souhaite garder l’anonymat.
D’autres étudiants appellent directement les autorités congolaises à reconsidérer leur décision. Ils estiment que, même si la sécurité doit rester une priorité, des solutions alternatives pourraient être envisagées afin de permettre aux activités académiques de se poursuivre dans des conditions adaptées.
« Une erreur qu’il faut rapidement corriger »
Dans plusieurs réactions, le sentiment qui domine est que les autorités congolaises ont commis une erreur en optant pour une suspension générale et sans échéance précise.
Pour une partie de la communauté universitaire, le gouvernement devrait rapidement revenir sur cette décision ou, à tout le moins, mettre en place un mécanisme permettant aux étudiants de poursuivre leurs études sans compromettre leur sécurité.
La crainte est particulièrement forte chez les étudiants en cours de cycle, qui redoutent une nouvelle année académique perturbée et un retard supplémentaire dans l’obtention de leurs diplômes.
La situation est encore plus préoccupante pour les jeunes déjà confrontés aux déplacements, aux difficultés économiques, à la fermeture ou au fonctionnement limité de plusieurs services et aux conséquences directes du conflit dans l’Est du pays.
Une exception pour les finalistes
L’arrêté prévoit toutefois une exception pour les étudiants finalistes de l’année académique 2025-2026 dont le cursus n’a pas pu être achevé normalement.
Ces derniers pourront présenter leurs évaluations et accomplir les activités nécessaires à la clôture de leur cursus. Ils pourront également être accueillis dans d’autres établissements publics ou privés légalement établis en RDC.
Cette disposition vise notamment à éviter que les perturbations sécuritaires ne compromettent définitivement le parcours des étudiants en fin de cycle.
Entre sécurité et avenir de la jeunesse
Le ministère justifie sa décision par la nécessité de protéger les étudiants ainsi que les personnels académique, scientifique et administratif. Il évoque également la nécessité d’empêcher l’organisation d’activités académiques en dehors du cadre légal et institutionnel, notamment après les nominations de comités de gestion effectuées le 7 août 2026 par l’AFC/M23, que le ministère a déclarées nulles et sans effet juridique.
Mais pour les étudiants, la question demeure: comment protéger la jeunesse sans interrompre son avenir ?
Alors que la suspension est prévue jusqu’à nouvel ordre, la pression pourrait désormais s’accentuer sur le ministère de l’ESU-RSI afin qu’une solution soit trouvée.
À Goma comme à Bukavu, les étudiants demandent aux autorités de ne pas transformer les conséquences de la crise sécuritaire en une crise académique durable. Pour eux, la jeunesse de l’Est a déjà suffisamment payé le prix de la guerre et ne devrait pas être sacrifiée une nouvelle fois sur l’autel des difficultés politiques et sécuritaires.
Ils appellent ainsi les autorités congolaises à revoir rapidement leur décision et à privilégier des mécanismes permettant de garantir à la fois la sécurité des étudiants et la continuité de leur formation.
© CongoForum – rédaction, 26.08.26
Image – source: UNIGOM