Bukavu: 85 dollars par jour à la morgue, le prix du deuil fait grincer des dents (CongoForum)

BUKAVU – À Bukavu, mourir coûte cher. La conservation d’un corps à la morgue peut atteindre 85 dollars par jour, un tarif qui pèse lourdement sur des familles déjà éprouvées par la perte d’un proche. Pendant que certaines peuvent encore supporter la facture, d’autres sont contraintes de s’endetter ou de solliciter la solidarité pour organiser les funérailles.

Dans la ville de Bukavu, les tarifs pratiqués pour la conservation des corps dans certaines morgues suscitent des interrogations. À l’Hôpital Général de Référence de Bukavu, le coût serait fixé à 85 dollars américains par jour. Un montant qui fait réfléchir dans une ville où de nombreuses familles vivent avec des revenus modestes.

Jusqu’à 595 dollars en une semaine

À raison de 85 dollars par jour, une famille qui garde son proche pendant une semaine à la morgue doit débourser environ 595 dollars, uniquement pour la conservation du corps. Et lorsque les funérailles sont retardées de plusieurs semaines, la facture peut rapidement devenir très lourde.

La situation paraît d’autant plus préoccupante lorsqu’on compare ce tarif à ceux pratiqués dans d’autres établissements de la province.

À l’Hôpital Général de Référence de Panzi, la conservation d’un corps serait facturée autour de 65 dollars par jour.

À Uvira et à Kamituga, les tarifs rapportés seraient nettement moins élevés, autour de 20 dollars par jour.

Pourquoi de tels écarts?

Ces différences de prix soulèvent une question simple: comment expliquer de tels écarts entre les morgues d’une même province?

Les familles endeuillées, elles, n’ont souvent pas le choix. Une fois le corps placé à la morgue, chaque journée supplémentaire entraîne de nouveaux frais.

Pour celles qui disposent de moyens financiers suffisants, la facture peut être absorbée. Pour les autres, chaque jour devient une nouvelle source d’angoisse.

Le deuil, une succession de dépenses

Les frais de morgue ne constituent d’ailleurs qu’une partie des dépenses liées aux obsèques. Il faut encore prévoir le cercueil, le transport du corps, le corbillard, la veillée, la nourriture pour les participants, la location éventuelle d’un espace funéraire ainsi que plusieurs autres charges.

Au final, certaines familles dépensent plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de dollars pour organiser les funérailles d’un proche.

Dans les familles les plus modestes, il faut alors compter sur la solidarité. Contributions des proches, collectes communautaires, associations et aides diverses deviennent parfois indispensables pour réunir les fonds nécessaires.

Les familles vulnérables paient le prix fort

La question devient encore plus sensible lorsque les funérailles sont retardées pour des raisons indépendantes de la volonté de la famille. Plus le séjour à la morgue se prolonge, plus la facture augmente.

Pour une famille déjà frappée par un décès, cette situation peut rapidement se transformer en endettement. D’où la nécessité, selon plusieurs observateurs, d’une réflexion plus large sur l’encadrement des tarifs des morgues et des services funéraires en RDC.

Une intervention des autorités attendee

Une meilleure transparence dans la fixation des tarifs, une harmonisation des prix entre établissements et la mise en place de mécanismes d’assistance pour les familles les plus vulnérables pourraient permettre de réduire la pression financière qui accompagne les funérailles.

Le décès d’un proche est déjà une épreuve humaine et émotionnelle. Pour de nombreuses familles de Bukavu, il ne devrait pas devenir, en plus, une épreuve financière insurmontable.

© CongoForum – rédaction, 10.08.26

Image – source: presse congolaise

Nos sponsors