Kinshasa: face aux soupçons de troisième mandat, opposants et mouvements citoyens recadrent Félix Tshisekedi (CongoForum)

KINSHASA – Les réactions se multiplient au lendemain de la conférence de presse tenue mercredi par le président Félix Tshisekedi à Kinshasa. Alors que plusieurs observateurs estiment que le chef de l’État a entrouvert la porte à l’idée d’un éventuel troisième mandat, des figures de l’opposition ainsi que des mouvements citoyens montent déjà au créneau pour rappeler les limites imposées par la Constitution congolaise.

Le débat, largement relayé sur les réseaux sociaux, s’est intensifié après les propos du président affirmant que, si le peuple congolais lui accordait un troisième mandat, il accepterait cette volonté populaire.

Une déclaration qui a immédiatement suscité des critiques dans les rangs de l’opposition. Claudel Lubaya a dénoncé toute tentative d’interprétation de la volonté populaire en dehors du cadre constitutionnel. « Aucune disposition de la Constitution ne prévoit qu’une prétendue volonté populaire puisse justifier une violation de sa lettre et de son esprit », a-t-il déclaré.

Selon l’opposant, la loi fondamentale prévoit déjà des mécanismes précis de révision à travers l’article 218, sans pour autant permettre de remettre en cause les dispositions considérées comme verrouillées, notamment la limitation des mandats présidentiels.

Même son de cloche du côté de Delly Sessanga. L’opposant appelle les forces démocratiques à se mobiliser contre ce qu’il considère comme une tentative assumée de préparer un troisième mandat.

Pour lui, Félix Tshisekedi « manœuvre désormais à découvert pour un troisième mandat par plébiscite », une orientation qu’il juge dangereuse pour la stabilité institutionnelle du pays.

Les mouvements citoyens également mobilisés

La contestation ne vient pas uniquement des acteurs politiques. Les mouvements citoyens ont également exprimé leurs inquiétudes face à toute perspective de révision constitutionnelle dans le contexte actuel marqué par l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC.

Dans une déclaration publiée vendredi 8 mai 2026 sous le thème « Non à un troisième mandat, oui à la fin de l’agression rwandaise et à la paix durable », le mouvement citoyen LUCHA a dénoncé ce qu’elle considère comme une tentative de profiter de la crise sécuritaire pour engager des réformes politiques majeures.

Le mouvement citoyen s’interroge notamment sur la cohérence du discours présidentiel. « Il est hors de question de laisser le président tirer profit de l’agression rwandaise au lieu d’y mettre fin », écrit la LUCHA, qui critique le fait d’évoquer l’impossibilité d’organiser les élections de 2028 dans les territoires occupés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tout en envisageant un référendum constitutionnel dans ces mêmes conditions.

De son côté, Filimbi estime que les propos du chef de l’État traduisent clairement une volonté de préparer l’opinion publique à un possible glissement électoral. Dans une déclaration rendue publique le même jour, le mouvement affirme que Félix Tshisekedi n’aura pas de troisième mandat. « La Constitution de la RDC est claire. Le mandat présidentiel est limité à deux. Cette disposition n’est ni négociable, ni interprétable selon les intérêts du moment », souligne Filimbi.

Pour ce mouvement citoyen, la limitation des mandats constitue « un verrou démocratique essentiel », fruit des luttes menées contre la présidence à vie et la confiscation du pouvoir en République démocratique du Congo.

Alors que le débat prend de l’ampleur dans l’espace public, les prises de position des acteurs politiques et citoyens laissent entrevoir une montée des tensions autour de la question institutionnelle à l’approche des prochaines échéances électorales.

© CongoForum – rédaction, 09.05.26

Image – source: Présidence RDC

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