Les « Epstein Files » interrogent sur les activités de DP World en Afrique (PPLAAF)

PARIS – Les dossiers Epstein confirment l’opacité entourant le développement du projet de port de Banana de DP World en République démocratique du Congo (RDC), a déclaré la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) aujourd’hui. Ces documents indiquent qu’entre 2009 et 2018, Sultan Ahmed Bin Sulayem, alors PDG de Dubai Ports World (DP World), a cherché à associer Jeffrey Epstein à plusieurs projets commerciaux internationaux liés aux infrastructures portuaires, notamment en RDC.

Selon les courriels consultés, Bin Sulayem a entretenu des échanges réguliers avec Epstein pendant plusieurs années, notamment au sujet des structures de financement de projets majeurs de DP World tels que le port de Banana en République démocratique du Congo (RDC) et le terminal London Gateway au Royaume-Uni. Ces éléments suggèrent qu’Epstein jouait un rôle actif d’intermédiaire dans des discussions relatives à des concessions portuaires stratégiques.

Ces documents mettent également en évidence une convergence d’intérêts entre les deux hommes sur le continent africain, laissant penser que leur relation dépassait le cadre personnel pour s’inscrire dans des initiatives commerciales et de développement d’envergure, potentiellement en lien avec des responsables politiques de haut niveau, et en particulier des chefs d’État.

Ces révélations font écho aux conclusions des « Banana Port Papers », une enquête menée en 2017 par PPLAAF, qui avait déjà mis en lumière de graves irrégularités dans les négociations entourant le projet de port en eau profonde de Banana, en RDC. Les accords conclus entre le gouvernement congolais et DP World soulevaient d’importantes préoccupations quant à leur légalité, et semblaient conçus de manière à favoriser l’enrichissement personnel de certaines personnalités politiques, dont le président de la RDC de l’époque, Joseph Kabila. L’ensemble du processus de négociation derrière ce projet d’un milliard de dollars était entaché de suspicions de corruption. 

« Dès 2017, PPLAAF a tiré la sonnette d’alarme sur cet accord. L’implication possible en coulisses de Jeffrey Epstein constitue un élément supplémentaire confirmant l’opacité d’un projet entaché d’indices de corruption », a déclaré Henri Thulliez, directeur de la stratégie de PPLAAF. « Jeffrey Epstein était même tenu informé de l’avancement des négociations pour la construction d’un port, quand la population congolaise ignorait jusqu’à l’existence même du projet ».

Des courriels montrent Bin Sulayem présentant un programme de voyage à travers l’Afrique, avec des réunions prévues avec des hauts fonctionnaires et des chefs d’État et promettant à son interlocuteur de l’informer de l’issue des discussions, ce qui démontre un degré de coordination entre les deux hommes. Ces rencontres visaient potentiellement à établir des relations commerciales très lucratives, et soulèvent des questions sérieuses et pressantes quant à l’opportunité de poursuivre les investissements du gouvernement britannique dans le port de Banana et dans DP World. 

Ces éléments interviennent dans un contexte marqué par l’annonce, en 2024, d’un engagement de British International Investment (BII) à investir jusqu’à 35 millions de dollars aux côtés de DP World pour le développement du premier port à conteneurs en eau profonde de la RDC. Une enquête menée par PPLAAF et The Bureau of Investigative Journalism (TBIJ) en 2025 a par ailleurs révélé que ce projet se situe dans des zones protégées du parc marin des mangroves en RDC, renforçant les préoccupations environnementales et de gouvernance déjà soulignées par l’enquête « Banana Port Papers ». 

Bien que BII ait temporairement suspendu ses relations avec DP World à la suite des révélations sur les liens entre Epstein et Bin Sulayem, ces relations ont depuis repris. En tant qu’institution financée par des fonds publics, BII est tenue de respecter les normes les plus strictes en matière de transparence et de diligence raisonnable. Dans ce contexte, son engagement auprès d’une entreprise au cœur de telles controverses appelle à un examen approfondi. Ces préoccupations touchent au cœur même de la manière dont les fonds publics sont acheminés vers un pays où les défaillances en matière de gouvernance sont déjà largement documentées.

À propos de Jeffrey Epstein

Jeffrey Epstein était un riche financier américain impliqué dans un vaste réseau de trafic sexuel. Pendant plusieurs décennies, il a abusé de centaines de mineures dans ses différentes propriétés et a entretenu des relations avec de nombreuses personnalités influentes à travers le monde, utilisant sa fortune, le chantage et son réseau social comme monnaie d’échange. Il a été arrêté en 2008, puis de nouveau en 2019 par les autorités fédérales américaines. Il est décédé en détention avant son procès, dans des circonstances officiellement qualifiées de suicide.

À propos de PPLAAF

La Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF) est une organisation non gouvernementale créée en 2017. PPLAAF vise à défendre les lanceurs d’alerte, enquêter sur leurs révélations, mener du plaidoyer et engager des contentieux stratégiques en leur nom lorsque leurs révélations sont en lien avec l’intérêt général des citoyens africains.

Source: communiqué de presse PPLAAF, 02.04.26

Image – source: Radio Okapi

Nos sponsors