
KINSHASA – Face à une corruption endémique et à l’inefficacité des circuits judiciaires classiques, le président de la République Démocratique du Congo a franchi une étape majeure ce week-end. Par ordonnance présidentielle, Félix Tshisekedi a acté la création du Tribunal pénal économique et financier, une instance dédiée exclusivement à la traque des « cols blancs ».
Le constat de départ est sans appel: de nombreux dossiers de détournement, pourtant documentés par les services de contrôle, finissaient par stagner dans les tiroirs des parquets. La raison? Un manque d’expertise technique des magistrats face à la complexité des flux financiers.
L’objectif est clair, doter la RDC d’un outil de frappe judiciaire moderne pour remonter au classement de Transparency International, où le pays occupe actuellement une inquiétante 163e place sur 183.
Le nouveau dispositif ne se contente pas d’une simple annonce, il repose sur une architecture robuste dont l’organisation comprendra une chambre de première instance et une chambre d’appel, avec un parquet général rattaché pour l’instruction.
Sa spécialisation c’est ce qu’il aura la première instance divisée en cinq sections thématiques couvrant les secteurs névralgiques: Mines et secteur bancaire, Recettes publiques, Marchés publics, corruption et détournements, Télécommunications, Contrefaçons et falsifications monétaires.
En ce qui concerne ses moyens financier, cette nouvelle institution bénéficiera d’une autonomie fonctionnelle et d’un budget propre. Bien que basé à Kinshasa, le tribunal pourra déployer des antennes en provinces.
Le défi des ressources humaines
Si la structure existe désormais sur papier, le succès de la réforme repose sur un facteur humain, l’intégrité. « L’appareil judiciaire congolais compte des profils adaptés qui ne manquaient que de juridictions spécialisées pour être utiles », assure-t-on du côté du Conseil supérieur de la magistrature.
Le défi sera donc de recruter des magistrats non seulement compétents en ingénierie financière, mais surtout imperméables aux pressions politiques et financières.
© CongoForum – Roger Mulyata, 16.03.26
Image – source: Tshisekedi/Présidence RDC