Recrutement au sein du FONAREV: des jeunes entrepreneurs dénoncent une politique de recrutement jugée discriminatoire (CongoForum)

KINSHASA – La politique de recrutement et de sélection des prestataires au sein du Fonds National de Réparation des Victimes (FONAREV) suscite une vive polémique en République démocratique du Congo. Plusieurs jeunes entrepreneurs, notamment ceux œuvrant dans le secteur de l’immobilier, dénoncent une procédure qu’ils jugent injuste, coûteuse et excluante, en contradiction avec la mission sociale de cette structure publique.

Selon de nombreux témoignages recueillis par CongoForum, le FONAREV exigerait des entreprises et agences intéressées par ses projets de payer jusqu’à 400 dollars américains non remboursables avant même d’avoir accès aux formulaires détaillant les informations nécessaires pour postuler.

Pour plusieurs jeunes entrepreneurs, cette pratique constitue une barrière majeure, surtout dans un contexte économique difficile marqué par l’insécurité et la précarité.

« Comment peut-on demander à de jeunes entrepreneurs, souvent sans grands moyens financiers, de payer 400 dollars avant même de savoir s’ils sont éligibles ou non ? », s’interroge un jeune opérateur immobilier de Goma.

L’Est de la RDC particulièrement pénalisé

La situation est jugée encore plus préoccupante dans l’Est de la RDC, une région durement touchée par l’insécurité et l’occupation de certaines zones par les rebelles du M23. Dans des villes comme Goma, Rutshuru ou Bunagana, plusieurs jeunes entrepreneurs affirment se sentir doublement marginalisés: d’une part par le conflit armé, et d’autre part par des politiques de recrutement qu’ils estiment centralisées et déconnectées de leur réalité. Pourtant, ces jeunes affirment disposer de compétences professionnelles avérées, notamment dans l’immobilier, la construction et les travaux de réhabilitation, domaines clés pour la réparation et la reconstruction des communautés victimes.

Kinshasa privilégiée au détriment des compétences locales

Un autre grief régulièrement évoqué concerne le fait que des entreprises basées à Kinshasa seraient souvent sélectionnées pour exécuter des travaux dans l’Est du pays, au détriment des acteurs locaux. « Nous avons les compétences, nous connaissons le terrain et les réalités locales. Mais au final, ce sont toujours des entreprises de Kinshasa qui viennent exécuter des travaux ici, comme si nous étions incapables », déplore un entrepreneur interrogé par CongoForum.

Selon ces jeunes, cette approche non inclusive freine le développement local et empêche l’émergence d’un véritable entrepreneuriat régional.

Un risque sécuritaire ignoré

Au-delà de l’aspect économique, certains jeunes estiment que cette politique pourrait avoir des conséquences sécuritaires graves. À force de tenter sans succès d’accéder aux marchés publics et d’être systématiquement écartés, beaucoup sombreraient dans le découragement. « Quand un jeune essaie plusieurs fois, dépense ses maigres économies et se voit toujours exclu, il finit par perdre espoir. Certains finissent malheureusement par rejoindre des groupes armés, pensant y trouver une solution à leur misère », confie un acteur de la société civile locale.

Un appel à une réforme inclusive

Les jeunes entrepreneurs interrogés appellent la FONAREV à revoir sa politique de recrutement, à réduire ou supprimer les frais jugés excessifs, et surtout à favoriser les compétences locales, conformément à sa mission de réparation, de justice sociale et de cohésion nationale.

Pour eux, soutenir les jeunes entrepreneurs congolais, en particulier ceux des zones en conflit, n’est pas seulement une question économique, mais aussi un impératif de paix et de stabilité durable.

© CongoForum – rédaction, 23.01.26

Image – source: presse congolaise

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